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Les conséquences de l'intelligence artificielle sur l'emploi
LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Léa Combaret, chargée de mission RSE chez Walter France : « Il n’est pas toujours évident de savoir par où commencer lorsque l’on veut introduire l’IA dans les processus.»
L’automatisation des tâches intellectuelles oblige les entreprises à revoir leurs recrutements, leurs formations et leur organisation. Si les études ne permettent pas de conclure à une destruction massive d’emplois, elles révèlent des effets très inégaux selon les métiers et les générations. Lors d’un atelier au salon Produrable, Léa Combaret, chargée de mission RSE chez Walter France, a invité les directions à reprendre la maîtrise d’une transformation souvent engagée sans stratégie collective.
« La vraie question n’est plus de savoir si l’IA va entrer dans les RH, elle y est déjà. La question est de savoir ce que l’on décide d’en faire. » L’enjeu dépasse les services de ressources humaines : c’est un arbitrage qui concerne toute l’entreprise. Produire davantage avec les mêmes équipes, améliorer la qualité du travail ou réduire les effectifs : ces trois objectifs peuvent mobiliser les mêmes outils, avec des conséquences sociales très différentes.
Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), un emploi sur quatre dans le monde présente un certain degré d’exposition à l’IA générative, une proportion qui atteint 34 % dans les pays à revenu élevé (étude de mai 2025). Les fonctions administratives demeurent les plus exposées, tandis que les capacités des modèles s’étendent à des activités techniques et intellectuelles qualifiées. Mais exposition ne signifie pas suppression : l’OIT considère la transformation des emplois comme le scénario le plus probable, les métiers associant généralement des tâches automatisables et d’autres qui nécessitent une intervention humaine. Un logiciel capable de préparer un contrat, de synthétiser un dossier ou de produire une première analyse ne reprend pas nécessairement l’ensemble des responsabilités du salarié. Il peut cependant permettre de traiter un volume identique avec moins de recrutements.
Dans une étude actualisée en août 2026, des chercheurs de Stanford, travaillant sur les données de paie d’ADP, ne constatent pas de disparition généralisée des emplois. Ils relèvent toutefois que l’emploi des 22-25 ans dans les professions exposées à l’IA se situe 19 % en dessous du niveau qu’il aurait atteint en suivant la trajectoire de leurs homologues moins exposés. L’écart passe principalement par une réduction des embauches, davantage que par une hausse des départs. Les auteurs présentent ces résultats comme des indices descriptifs précoces, non comme une mesure de l’effet causal de l’IA, et rien ne permet de les transposer mécaniquement à la France.
Les travaux les plus faciles à automatiser sont pourtant parfois ceux par lesquels on apprend un métier. Préparer une note, vérifier un dossier, rédiger une première proposition commerciale permettent d’acquérir les réflexes qui feront, quelques années plus tard, un professionnel expérimenté. Si ces étapes disparaissent, l’entreprise devra organiser autrement l’apprentissage, faute de quoi elle économiserait aujourd’hui sur ses recrutements et manquerait demain de collaborateurs capables de contrôler les résultats de la machine. Les jeunes ne sont d’ailleurs pas nécessairement perdants : l’IA peut aussi leur donner accès à des tâches plus complexes, à condition que l’organisation leur en laisse la possibilité et le temps d’acquérir du jugement.
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