Air France-KLM : les marges sous pression.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Yannick URRIEN + Mustapha GHAILANE

Air France-KLM a perdu près de 28 % depuis son sommet de juillet à 14,43 euros. À 10,465 euros le 20 octobre, le titre rappelle une vieille leçon : remplir les avions ne suffit pas à enrichir leurs propriétaires. Le prix auquel on transporte les passagers, et surtout ce qu’il reste après avoir payé le carburant, commande toujours le verdict. Les résultats du deuxième trimestre l’illustrent. Le chiffre d’affaires progresse de 9,9 %, à 9,3 milliards d’euros, mais le résultat opérationnel ajusté recule de 251 millions, à 484 millions. La marge se limite à 5,2 %, en baisse de 3,5 points. Le groupe a pourtant compensé environ 85 % des 804 millions d’euros de surcoût de carburant par ses recettes, bien plus que les 60 % escomptés au départ.

Née en 1933 du regroupement de cinq compagnies, Air France appartient à cette histoire française où l’ambition industrielle accompagne la puissance nationale. Son rapprochement avec KLM, en 2004, a changé l’échelle de l’entreprise. Paris et Amsterdam lui donnent deux grandes plateformes de correspondance ; la maintenance et Flying Blue apportent des revenus complémentaires. Mais le prestige d’une marque ne dispense jamais de rémunérer convenablement les capitaux qu’elle mobilise. L’aviation exige des investissements lourds, dans un métier où quelques points de coûts supplémentaires suffisent à compromettre une année.

En juillet, la direction a ramené sa facture carburant annuelle de 9,3 à 8,9 milliards de dollars, couvertures comprises : c’est mieux, mais cela reste 2 milliards de plus qu’en 2025. Monter en gamme aide à relever les recettes. Renouveler la flotte réduit la consommation. Ces réponses prennent du temps et réclament de l’argent, tandis que les effets du choc pétrolier se font sentir immédiatement.

Le graphique invite à la même réserve. Après le rattrapage de 8,368 à 14,43 euros entre avril et juillet, les cours évoluent dans un canal descendant. La zone de 11,18 à 11,35 euros constitue un premier obstacle à reconquérir ; le MACD reste négatif. Le support oblique, situé autour de 9,70 euros, demeure une zone de surveillance, nullement une garantie de rebond. Sa rupture fragiliserait davantage le titre, avec le creux annuel de 8,368 euros comme repère inférieur.

Notre conseil : rester à l’écart. Un cours qui baisse n’est pas nécessairement une occasion. Nous attendrions une stabilisation graphique, puis une reprise durable au-dessus de 11,35 euros, accompagnée d’une meilleure visibilité sur les marges. Les résultats du troisième trimestre, le 5 novembre, offriront un premier test. Air France-KLM possède des actifs solides. L’actionnaire doit encore obtenir la preuve qu’ils travailleront suffisamment pour lui.

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