Immobilier : et si la prochaine révolution n'était pas technologique, mais humaine ?

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Reda Mahfoud, dirigeant d’Orisha Real Estate : « L’intelligence artificielle ne remplacera pas la confiance »

Les agences immobilières se sont équipées, les logiciels se sont multipliés, mais les journées des professionnels ne semblent guère s’être allégées. C’est cette contradiction que souligne Reda Mahfoud, dirigeant d’Orisha Real Estate, éditeur de logiciels pour les métiers de l’immobilier. Il invite la profession à regarder au-delà des promesses de l’intelligence artificielle : « Nous avons digitalisé l’immobilier. Mais avons-nous vraiment simplifié les métiers ? » La question, venant d’un fournisseur de solutions numériques, mérite que l’on s’y arrête. Dans une agence, un cabinet de gestion ou un syndic, l’efficacité dépend largement de la circulation de l’information. Un document manquant, une donnée saisie plusieurs fois, un échange client resté dans une messagerie peuvent suffire à ralentir un dossier. Ajouter une application ne règle pas nécessairement ces difficultés. « À quoi sert un outil supplémentaire s’il impose une nouvelle saisie, une nouvelle interface ou une nouvelle contrainte ? », interroge Reda Mahfoud. Son propos touche à un problème d’organisation : lorsque chaque logiciel fonctionne séparément, le professionnel passe une partie de son temps à assurer lui-même les liaisons. Le gain promis par l’informatique se trouve alors absorbé par son utilisation.

L’IA pourrait prendre en charge une partie de ce travail, de la préparation documentaire au suivi commercial. Encore faut-il savoir ce que l’on attend du temps ainsi libéré. « Mais attention à ne pas confondre automatisation et création de valeur », prévient le dirigeant. Une estimation, aussi documentée soit-elle, ne suffit pas à conduire une négociation. Il faut comprendre pourquoi un propriétaire vend, ce qu’un acquéreur peut financer et quelles concessions chacun est prêt à accepter. Reda Mahfoud résume cette limite : « Un algorithme peut contribuer à analyser un marché. Il ne remplace pas la capacité d’un professionnel à comprendre une situation personnelle, à rassurer un client inquiet ou à accompagner une décision complexe. »

Cette distinction conduit à revoir les critères de performance. Pour Reda Mahfoud, « en 2027, la vraie performance ne se mesurera pas au nombre d’outils utilisés ». Le nombre d’abonnements ou de fonctionnalités renseigne assez peu sur la qualité du service. Des délais de réponse plus courts, moins de dossiers incomplets ou davantage de disponibilité pour expliquer un arbitrage patrimonial seraient des indicateurs plus parlants. L’enjeu économique est concret : les heures consacrées à ressaisir une information sont autant d’heures soustraites à la prospection, au suivi des mandats et à la relation avec les propriétaires.

Mais cette productivité ne s’achète pas sur catalogue. « Une technologie, aussi avancée soit-elle, ne compense ni des processus mal conçus, ni des informations cloisonnées, ni un manque d’accompagnement », insiste-t-il. Installer un logiciel sans revoir la répartition des tâches risque simplement de reproduire les anciennes difficultés dans une interface neuve. La formation des équipes et la cohérence des données deviennent donc aussi importantes que les capacités de l’outil. Le dirigeant adresse enfin une exigence à son propre secteur : « C’est à la technologie de s’adapter à leurs métiers. » Pour les éditeurs, cela signifie accepter d’être jugés sur l’usage quotidien plutôt que sur la démonstration commerciale. Pour les professionnels, le choix d’un équipement devrait commencer par une question simple : quelle tâche disparaîtra réellement, et à quoi consacrera-t-on le temps retrouvé ? Dans un métier où la confiance se construit dossier après dossier, la réponse engage bien davantage qu’un budget informatique.

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