⟵ Retour
BNP Paribas : la solidité ne suffit pas à faire un point d'entrée.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Yannick URRIEN + Mustapha GHAILANE
À 90,23 euros le 13 octobre, BNP Paribas approche la zone des 88 euros, après le sommet de 110,15 euros atteint le 13 août. Sur ce graphique ajusté des dividendes, dont l'acompte de 3,23 euros détaché le 24 septembre, le recul est d'environ 18 % : la correction est sérieuse. Elle ne constitue pas, à elle seule, une invitation à acheter. Une banque peut afficher des résultats solides et connaître une baisse prolongée en Bourse.
Le marché juge moins les bénéfices déjà engrangés que leur capacité à se renouveler. La BNP, née en 1966 du rapprochement de la BNCI et du Comptoir national d'escompte de Paris, a changé de dimension avec Paribas en 2000, puis BNL en Italie et Fortis en Belgique. Derrière ces acquisitions, une même logique : associer les réseaux commerciaux aux métiers de financement, de marchés et d'épargne. La diversification constitue une force, sans supprimer l'exposition au cycle économique.
Les derniers indicateurs ne décrivent pas une banque en difficulté. Au deuxième trimestre 2026, les revenus progressent de 12 %, le résultat brut d'exploitation de 14,1 %. Le ratio de fonds propres CET1 atteint 13 %, un objectif que le groupe ne visait qu'à la fin de 2027, et le coût du risque ressort à 39 points de base. La banque de financement et d'investissement accroît ses revenus de 12,7 %. Le bénéfice net bondit de 33 %, à 4,35 milliards d'euros, mais il inclut une plus-value de 858 millions liée à l'opération AGI/Ageas : les revenus disent mieux la marche courante.
Toutes les activités ne suivent pas : les revenus d'Arval et Leasing Solutions reculent de 21,1 %, pénalisés notamment par les prix des véhicules d'occasion. L'acquisition d'AXA Investment Managers renforce la gestion d'actifs et les revenus de commissions. Il faut toutefois distinguer croissance acquise et progression organique : dans le pôle Investment & Protection Services, les revenus augmentent de 27,3 %, mais de 8,4 % à périmètre et change constants. C'est sur la rentabilité durable de cet ensemble, autant que sur sa taille, que se jugera l'opération.
La sortie haussière du canal majeur, fin juillet, n'a pas tenu. Après l'excès estival, le titre a réintégré ce canal, puis poursuivi sa correction dans une tendance descendante. Les 88 euros représentent un premier test, pas un plancher garanti. Leur rupture fragiliserait encore la configuration et remettrait en perspective les 80 euros, où passe le support du canal majeur selon l'analyse fournie.
À la hausse, il faudrait d'abord reprendre la résistance horizontale de 91,50 euros, que le titre n'a pas encore retrouvée en clôture ; le MACD, toujours négatif, ne signale pas de retournement. Un rebond ponctuel ne suffirait pas à rétablir une tendance favorable. Pour une nouvelle position, nous restons à l'écart : mieux vaut attendre une stabilisation confirmée que chercher à devancer le point bas. Les résultats du troisième trimestre, attendus le 28 octobre, offriront un prochain rendez-vous pour confronter cette faiblesse boursière à la marche des affaires.