L'emploi ne protège plus des difficultés financières.

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Luc Carvounas, maire d’Alfortville (Val-de-Marne) : « Des personnes en CDI n’arrivent plus à boucler la fin du mois »  

Les services sociaux municipaux voient arriver des ménages que l’emploi ne protège plus des difficultés financières. Le maire d’Alfortville et président de l’Unccas décrit cette évolution et appelle à consolider l’action sociale de proximité. Un contrat de travail, un salaire régulier, parfois une carrière entière derrière soi : les personnes qui sollicitent les centres communaux d’action sociale ne correspondent pas toujours à l’image que l’on se fait de leurs bénéficiaires. À l’occasion du centenaire de l’Union nationale des CCAS, célébré les 12 et 13 octobre, Luc Carvounas insiste sur l’arrivée de salariés en CDI et de jeunes retraités dont les ressources ne couvrent plus les dépenses courantes.

L’emploi demeure une protection essentielle. Il ne suffit cependant pas à absorber tous les déséquilibres d’un budget familial. L’enquête menée auprès de 414 centres communaux et intercommunaux d’action sociale donne une mesure de cette pression. Parmi les répondants, 63 % constatent une augmentation des personnes qui travaillent mais rencontrent des difficultés à faire face à leurs dépenses quotidiennes. Ce chiffre décrit les observations des services interrogés ; il ne signifie évidemment pas que près des deux tiers des salariés seraient pauvres.  

Le logement occupe une place importante dans ces difficultés : 55 % des structures signalent une forte progression des sollicitations concernant le logement ou l’hébergement. Une autre alerte concerne la souffrance psychique sans prise en charge, citée par 51 % des répondants parmi les situations nouvelles ou en hausse. Ces problèmes se cumulent parfois dans un même foyer. Pour une mairie, aider au paiement d’une facture peut soulager une urgence sans résoudre l’écart durable entre les revenus et les charges.

Toute la difficulté consiste alors à dépasser le secours ponctuel, en mobilisant les interlocuteurs capables d’agir sur les droits, le logement ou l’accompagnement social. Luc Carvounas relève aussi un obstacle moins visible : certains habitants connaissent mal les missions du CCAS et ne pensent pas pouvoir s’y adresser. Le dispositif reste associé, dans leur esprit, aux personnes âgées ou à la grande précarité. Cette représentation peut retarder la première démarche.  

L’enquête de l’Unccas mentionne également des abandons liés aux démarches numériques et des situations découvertes seulement grâce à l’intervention d’un tiers. Le nombre de dossiers reçus ne suffit donc pas à mesurer les besoins d’une commune. Encore faut-il atteindre les personnes qui restent à distance des guichets. L’expérience des fortes chaleurs illustre cette responsabilité. Le maire d’Alfortville évoque les difficultés rencontrées lorsque les personnes inscrites au registre canicule ne répondent pas aux appels. Vérifier leur situation suppose alors une intervention sur place, plus difficile à organiser lorsque la commune ne dispose pas de police municipale.

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