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Des logiciels ouverts pour favoriser la souveraineté numérique européenne.
LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Jean-Philippe Balança, chief international operations officer chez Smile : « Les briques technologiques sont matures, l’écosystème est prêt »
Reprendre le contrôle de ses outils informatiques commence par des arbitrages très concrets : le prix des licences, l’hébergement des données, la capacité de changer de prestataire. Jean-Philippe Balança, chief international operations officer chez Smile, défend une accélération vers les logiciels ouverts, à partir des expériences réunies par le consortium European Open Source. Un mouvement dont la crédibilité se jouera autant dans les comptes des organisations que dans le travail quotidien des utilisateurs. « Les briques technologiques sont matures, l’écosystème est prêt », affirme Jean-Philippe Balança.
Le propos marque une ambition : déplacer le débat sur l’open source du terrain des convictions vers celui des décisions d’investissement. Messagerie, visioconférence, traitement de texte, partage documentaire : ces fonctions ordinaires déterminent une bonne partie de la dépendance informatique d’une organisation. Une fois les documents accumulés, les habitudes installées et les applications reliées entre elles, changer de fournisseur devient un chantier. Le prix de l’abonnement ne représente alors qu’une partie de l’équation. Il faut aussi mesurer ce que coûterait une sortie.
Le rapport Cap sur le Digital Workplace souverain, fondé sur les témoignages de sept organisations en Allemagne, en France et en Suède, avance un cas particulièrement parlant. Le Schleswig-Holstein, dont l’administration rassemble 100 autorités publiques et 62 000 agents, annonce plus de 15 millions d’euros d’économies annuelles sur les licences logicielles grâce à sa transition vers l’open source. L’investissement ponctuel présenté atteint 9 millions d’euros, comprenant les adaptations techniques, la migration des données et la formation. Sur ces seuls montants, la dépense initiale représente moins d’une année d’économies annoncées. Ce rapprochement ne suffit toutefois pas à établir un bilan complet : l’exploitation, l’assistance et la maintenance doivent également entrer dans le calcul.
« La souveraineté numérique n’est plus une préférence philosophique : c’est une question de sécurité nationale », soutient Dirk Schrödter, ministre de la Numérisation du Land, dans le rapport. Derrière la formule, une question de gestion : qui peut assurer le fonctionnement du système si les conditions commerciales changent ou si le fournisseur fait défaut ? L’ouverture du code donne la possibilité de l’examiner, de le modifier et d’en confier la maintenance à d’autres. Encore faut-il disposer des compétences nécessaires. L’autonomie ne se résume donc pas à supprimer une ligne de licences du budget ; elle suppose de financer une capacité d’action.
« Chez Smile, notre expérience terrain nous montre que l’autonomie digitale se construit dans une collaboration étroite entre institutions publiques et experts open source, à partir de besoins opérationnels concrets », explique Jean-Philippe Balança. Le mot important est « besoins ». Une solution peut répondre à toutes les exigences d’une direction informatique et rester délaissée par ses utilisateurs. La lenteur d’une interface, une fonction manquante ou des échanges compliqués avec les partenaires suffisent à entretenir les anciens usages.