À Mayotte, ouvrir un cabinet ne suffit pas : il faut aussi permettre aux patients de poursuivre leurs soins.

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Richard Lopez : « Le centre de santé était un pari »

Une ancienne école devenue centre de santé : à Kani-Bé, dans la commune de Kani-Kéli, au sud de Mayotte, la transformation répond à une attente très concrète. Pouvoir consulter près de chez soi. Inauguré le 22 septembre, mais en activité depuis décembre 2025, le centre Foundi Ali Malidi accueille deux médecins généralistes et deux chirurgiens-dentistes. Pour des habitants jusque-là contraints de rejoindre d’autres communes, parfois simplement pour un premier rendez-vous, cette proximité change déjà les choses. Il aura fallu plusieurs années pour aboutir car le projet remonte à 2019. D’abord porté par la municipalité, il a été repris par la Communauté de communes du Sud, chargée de réhabiliter le bâtiment. Le coût annoncé atteint 645 674 euros, avec un financement de l’État et de l’intercommunalité, tandis que l’Agence régionale de santé a pris en charge les équipements médicaux. La gestion revient à l’association Unono.

Pour le docteur Richard Lopez, qui exerce dans l’établissement, cette ouverture représente une avancée. Mais son témoignage invite à regarder ce qui se passe après le rendez-vous. Un médecin examine, établit un diagnostic, rédige une ordonnance. Encore faut-il que le patient puisse acheter ses médicaments, effectuer ses examens et, si nécessaire, rencontrer un spécialiste. « Le fait de voir un patient en consultation ne va pas traiter cette pathologie, surtout une pathologie chronique », souligne-t-il. La distinction est essentielle. Obtenir un rendez-vous rend possible le début d’une prise en charge ; cela ne garantit pas sa continuité. Pour une maladie qui exige des contrôles réguliers, chaque interruption risque de compromettre le travail engagé.

Richard Lopez décrit notamment les difficultés à trouver des professionnels et à accéder à certaines interventions ophtalmologiques. Il évoque aussi un obstacle moins visible : des habitants ne font pas valoir leurs droits sociaux. L’aide existe parfois, mais les démarches nécessaires pour l’obtenir restent hors de leur portée. Le médecin souhaite donc développer un accompagnement social, au centre de santé comme auprès du centre communal d’action sociale, en lien avec la Caisse de sécurité sociale de Mayotte. Ce travail doit aider les patients à constituer leurs dossiers et à poursuivre leur suivi.

L’établissement envisage également d’élargir son équipe, notamment avec des sages-femmes et des psychologues. Il s’agit de perspectives, et non de recrutements déjà réalisés. Cette montée en charge progressive montre ce que représente, pour une collectivité, la création d’un lieu de soins : les travaux ne sont qu’une étape, suivie d’un effort durable pour attirer et conserver les professionnels. L’expérience mérite l’attention bien au-delà de Mayotte, sans gommer les difficultés particulières de l’île. Face au manque de médecins, un bâtiment neuf ou réhabilité constitue une réponse visible. La réussite se joue ensuite dans une organisation moins spectaculaire : des rendez-vous accessibles, des relais entre professionnels et une aide pour franchir les obstacles administratifs.

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