Défense : la révolution des drones.
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Ronan Le Gleut, sénateur LR des Français établis hors de France : « Notre difficulté ne tient pas à la qualité des compétences, mais à l’échelle de production »
Dans un rapport sénatorial cosigné avec Hélène Conway-Mouret et Étienne Blanc, Ronan Le Gleut appelle la France à changer de dimension. La guerre en Ukraine impose de produire davantage de drones, de renouveler rapidement les équipements et de mieux protéger les soldats. La France sait concevoir des matériels performants. Sait-elle les fabriquer assez vite, et en quantité suffisante pour soutenir un conflit ? C’est la question posée par Ronan Le Gleut. Lors de sa présentation en commission, le sénateur résume le problème sans détour : « Notre difficulté ne tient pas à la qualité des compétences, mais à l’échelle de production. » Un constat qui déplace le débat. L’enjeu porte autant sur les ateliers, les commandes et les délais que sur les performances technologiques.
Le drone a changé de statut. Longtemps associé à la surveillance et au renseignement, il participe désormais à presque toutes les phases du combat. Il repère une cible, guide une frappe, attaque directement ou intercepte un autre appareil. « Les drones y sont devenus des équipements de masse, au même titre que les munitions », souligne Ronan Le Gleut à propos de l’Ukraine. Cela oblige à accepter une réalité industrielle nouvelle : une partie de ces équipements est destinée à être consommée, perdue ou rapidement remplacée. Les ordres de grandeur cités lors de la présentation du rapport donnent la mesure du changement. Près de 15 000 drones seraient utilisés quotidiennement sur le champ de bataille ukrainien. L’Ukraine en aurait produit environ 4,5 millions en 2025 et prévoyait alors de dépasser les 10 millions en 2026. Ces chiffres décrivent une économie de guerre dont les besoins sont exceptionnels. Ils révèlent néanmoins l’écart avec les quelques milliers de drones dont disposent les armées françaises, selon le sénateur.
Ronan Le Gleut prend soin de préciser l’objectif : « Notre recommandation n’est évidemment pas de passer de quelques milliers de drones à 10 millions, comme l’Ukraine, qui est engagée dans une guerre sur son territoire. » Les rapporteurs préconisent plutôt d’atteindre quelques dizaines de milliers d’unités. Il s’agit de pouvoir encaisser les premières pertes d’un conflit de haute intensité, disposer d’appareils pour l’entraînement et s’appuyer sur une industrie capable de renouveler les stocks. La quantité ne suffit pourtant pas. Le matériel doit évoluer au rythme des ripostes adverses. Le rapport évoque un délai moyen de six semaines entre l’apparition d’une technologie et la mise au point d’une parade. « Autrement dit, l’innovation n’est plus un processus s’étendant sur plusieurs années, mais bien un cycle permanent », explique le sénateur. Pour les armées comme pour les fabricants, cela suppose des échanges continus : essayer un équipement, recueillir l’expérience des utilisateurs, le modifier, puis relancer la production. Un appareil longtemps perfectionné peut arriver trop tard sur le terrain.
Cette accélération touche aussi la commande publique. Ronan Le Gleut plaide pour un environnement permettant à de nouveaux industriels d’émerger. « La clé réside donc dans la capacité à créer un environnement économique propice à l’innovation. » Derrière cette formule, une question très concrète : comment donner à une jeune entreprise les commandes et la visibilité nécessaires pour passer du prototype à la série ? Les compétences existent, insiste-t-il. Encore faut-il organiser leur transformation en capacités disponibles pour les forces.
L’autre urgence est défensive. Posséder des drones ne protège pas de ceux de l’adversaire. Les rapporteurs demandent une défense combinant plusieurs moyens : repérer la menace, brouiller ses communications lorsque cela est possible, l’intercepter ou la détruire. Ronan Le Gleut met particulièrement en garde contre l’insuffisance des capacités mobiles destinées à protéger les unités. La protection doit suivre les soldats et leurs véhicules, au-delà des grandes installations militaires. Le sénateur avance également une piste moins habituelle dans les achats de défense : louer certaines capacités de lutte anti-drones. « Il n’est pas toujours pertinent d’acquérir définitivement des matériels qui risquent d’être rapidement dépassés », observe-t-il. Cette souplesse aurait pour intérêt de faciliter le renouvellement des équipements dans un domaine où l’obsolescence se mesure parfois en semaines.
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