Ruralité et pouvoir d'achat.

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Rémi Branco, maire de Puy-l’Évêque (Lot) : « Pourquoi le droit à une mobilité abordable dépendrait-il du lieu où l’on habite ? »

Le maire de Puy-l’Évêque, dans le Lot, défend une location de voiture électrique à 50 euros par mois pour un million de personnes. Une proposition qui remet au centre du débat le coût des déplacements dans les campagnes. À la campagne, le budget automobile commande bien davantage que les vacances. Il conditionne l’accès au travail, aux commerces, aux soins. C’est de cette réalité que part Rémi Branco, maire de Puy-l’Évêque et vice-président du conseil départemental du Lot. Dans une note publiée le 18 septembre par la Fondation Jean-Jaurès, il propose un « pass Navigo rural » : une voiture électrique accessible moyennant un loyer de 50 euros par mois. Son ambition porte sur un million de bénéficiaires.

Le nom est volontairement politique. Il renvoie aux aides dont bénéficient les déplacements collectifs dans les grandes agglomérations. « La mobilité ne peut pas être un privilège réservé aux territoires desservis par un métro ou un RER », souligne l’élu dans des propos rapportés par Localtis le 21 septembre. Son projet élargirait le principe du leasing social à des ménages ruraux, notamment des classes moyennes aujourd’hui exclues de ce dispositif. Derrière la comparaison avec l’abonnement francilien, une question mérite d’être posée : comment aider ceux dont les déplacements se prêtent mal aux transports collectifs ? Le salarié qui commence tôt, l’artisan qui transporte son matériel ou la famille éloignée des services n’ont pas nécessairement les mêmes besoins. Un dispositif national devrait pouvoir tenir compte de ces différences.

« Il faut changer de pied et changer d’échelle », écrit Rémi Branco. Il propose de consacrer davantage de moyens au passage à l’électrique, pour réduire la dépendance aux fluctuations pétrolières. Le financement mobiliserait les certificats d’économies d’énergie, des prêts de long terme et plusieurs partenaires publics et privés. Les collectivités pourraient compléter l’effort et accompagner l’installation de bornes. Son pari économique repose sur le volume. Des commandes importantes donneraient aux constructeurs de la visibilité et permettraient, espère-t-il, de négocier de meilleures conditions. Le besoin de soutien atteindrait environ 10 milliards d’euros avant les économies attendues de cette organisation à grande échelle, rapporte Localtis. Ce montant constitue une estimation portée par l’auteur, pas une enveloppe votée.

Reste à passer de la proposition au contrat. Cinquante euros de loyer ne représentent pas cinquante euros de budget automobile. Il faut compter l’assurance, la recharge, les éventuels frais initiaux et les conditions de restitution. Le kilométrage autorisé sera également décisif pour des ménages qui parcourent de longues distances. Une offre séduisante sur l’affiche peut perdre de son intérêt si les kilomètres supplémentaires coûtent cher. Le projet devra donc préciser qui peut en bénéficier, pendant combien de temps et avec quelle participation des différents financeurs. Il ouvre néanmoins un débat concret : quelle place donner à la mobilité des campagnes dans les dépenses publiques ? Pour les habitants concernés, la réponse se jugera simplement, au coût réel des trajets et à la possibilité de les effectuer.

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