Intelligence artificielle et prospection.

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Dorian Ciavarella, cofondateur de Zeliq : « Les meilleurs commerciaux ne seront pas remplacés par l’IA »

Zeliq annonce une levée de 7 millions d’euros pour développer ses agents d’intelligence artificielle destinés aux équipes commerciales. Son cofondateur, Dorian Ciavarella, défend une automatisation sous contrôle humain, avec une difficulté à résoudre : simplifier le travail des vendeurs sans ajouter un logiciel à ceux qu’ils utilisent déjà. Un commercial peut disposer de nombreux outils et manquer de temps pour vendre. C’est le problème auquel s’attaque Dorian Ciavarella, CEO et cofondateur de Zeliq : « Pendant dix ans, les équipes commerciales ont empilé des outils SaaS. Le résultat, c’est plus de complexité, plus de temps à jongler entre les outils et moins de temps consacré à la vente. »

Identifier une entreprise, trouver le bon interlocuteur, compléter sa fiche, préparer une relance : chaque étape peut mobiliser une application différente. Zeliq veut réunir ces opérations dans un même environnement. L’entreprise, fondée en 2023 avec Guillaume Cruz, annonce une extension de son financement d’amorçage de 7 millions d’euros, menée par The Moon Venture avec la participation d’investisseurs historiques, dont Ora Global et Cleo Ventures. Le montant cumulé de ses levées atteint ainsi 21 millions d’euros en moins de trois ans. Ce capital doit financer le passage d’une plateforme de prospection à un système capable d’exécuter une partie du travail commercial.

La distinction porte sur la place laissée au vendeur. « La prochaine génération de plateformes commerciales sera construite autour d’agents IA capables d’exécuter les tâches répétitives de bout en bout, mais toujours sous pilotage humain », explique Dorian Ciavarella. Zeliq annonce la bêta de Zelia, un agent chargé de rechercher des prospects, d’enrichir leurs données et de les contacter, avec validation humaine. D’autres agents doivent repérer sur le Web des signaux susceptibles d’indiquer un besoin d’achat. L’intérêt opérationnel est clair : réduire le temps de préparation et mieux choisir le moment d’une sollicitation. La difficulté l’est tout autant. Un recrutement ou une annonce d’investissement ne suffisent pas à établir qu’une entreprise souhaite acheter. La qualité du contexte, la pertinence du contact et le dosage des relances restent déterminants. Le contrôle humain peut limiter les erreurs ; s’il exige de reprendre chaque proposition, il réduit aussi le gain de productivité.

Zeliq baptise cette architecture « Agentic Revenue Workspace », autrement dit un environnement commercial associant utilisateurs et agents logiciels. L’appellation décrit une ambition de produit ; elle ne démontre pas à elle seule l’existence d’une nouvelle catégorie de marché. La société entend surtout éviter que Zelia ne devienne une interface supplémentaire. Elle annonce un connecteur MCP, un protocole de liaison avec des applications d’IA, et prévoit de renforcer ses partenariats avec les principaux logiciels de gestion de la relation client. Pour les entreprises visées, notamment celles de taille moyenne, l’enjeu sera de conserver leurs données et leurs habitudes de travail tout en supprimant des tâches manuelles. Il faudra aussi apprécier les droits d’accès accordés aux agents, la traçabilité de leurs actions et la qualité des informations utilisées. Centraliser la prospection n’a de valeur que si les équipes peuvent comprendre et corriger ce que le système exécute.

L’adoption progresse, selon les chiffres communiqués par Zeliq : de 2 000 à 20 000 utilisateurs en dix-huit mois, répartis dans plus d’une centaine de pays. La France concentre encore 62 % des utilisateurs, contre 18 % pour les États-Unis. L’entreprise annonce également avoir triplé son revenu annuel récurrent en douze mois. Cette distinction compte : une version gratuite peut accélérer la diffusion sans garantir la conversion en abonnements. Zeliq, qui emploie 25 personnes, prévoit de doubler ses équipes Produit et Tech dans les douze prochains mois et de déployer sa première suite d’agents au second semestre 2026. « Notre conviction est simple : les meilleurs commerciaux ne seront pas remplacés par l’IA, mais ils travailleront avec elle. » Pour transformer cette conviction en revenus durables, la plateforme devra prouver qu’elle produit davantage de rendez-vous utiles et de ventes, sans augmenter le travail de supervision.

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