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Vieillir sur son territoire, sans renoncer à son indépendance.
LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Jérôme Baylac-Domengetroy, président de la Communauté de Communes du Pays Morcenais : « C’est un lieu de vie, un lieu de vie collective, un lieu d’échange »
À Morcenx-la-Nouvelle, dans les Landes, la Maison Saint-Jours n’accueille ni patients ni pensionnaires. Elle abrite vingt habitants. La nuance pourrait sembler sémantique ; elle résume pourtant toute la philosophie de cette résidence autonomie inaugurée le 11 septembre. Pour Jérôme Baylac-Domengetroy, président de la communauté de communes et du Centre intercommunal d’action sociale du Pays morcenais, il s’agit d’offrir une solution à ceux qui ne peuvent ou ne veulent plus vivre seuls, sans relever pour autant d’un établissement médicalisé. « On est chez soi dans un appartement adapté où l’on peut se faire à manger, mais, si l’on veut bénéficier du portage de repas, de la blanchisserie et surtout de l’accompagnement social, tout est à disposition », autrement dit, chaque résident conserve sa clé, son logement, ses habitudes et la liberté de recevoir ses proches. Les services existent, mais ils ne s’imposent pas. C’est précisément ce qui distingue une résidence autonomie d’un Ehpad : elle s’adresse à des personnes âgées encore indépendantes, à la recherche d’un environnement plus sûr et moins solitaire.
Le choix du lieu n’est pas anodin. La résidence a pris place dans la Maison Saint-Jours, une bâtisse connue des habitants, dessinée par l’architecte landais Albert Pomade et située en plein centre-ville. « C’était un beau bâtiment de centre-ville qui a retrouvé une fonction sociale », souligne Jérôme Baylac-Domengetroy. À quelques minutes à pied se trouvent le marché, la pharmacie, les commerces, les professionnels de santé et la gare. Le vieillissement n’est donc pas renvoyé à la périphérie, dans un ensemble spécialisé coupé de la vie ordinaire. L’ancienne maison a été restaurée et complétée par des constructions nouvelles. L’ensemble représente un investissement de 4,5 millions d’euros, financé avec le concours de l’État, du département, de la CNSA, de la Carsat, de la Caisse des dépôts, d’Énéal, de l’Union européenne et du CIAS. Les bureaux de ce dernier ont été installés dans la résidence, ce qui permet un accompagnement social de proximité.
Le projet répond manifestement à une demande : les vingt logements étaient occupés dès l’ouverture, en février. Ce succès dit quelque chose de l’angle mort de la politique du grand âge. Pendant longtemps, deux solutions ont dominé : rester chez soi, parfois au prix d’un isolement croissant, ou entrer en établissement lorsque la dépendance devenait trop lourde. Entre les deux, l’offre demeure insuffisante, particulièrement dans les petites villes et les territoires ruraux. Saint-Jours entend aussi éviter qu’une résidence pour personnes âgées ne se transforme en monde clos. La ludothèque, l’école de musique, les associations et les enfants du territoire sont appelés à y entrer. Des sorties sont proposées chaque semaine.
« C’est un lieu de vie, un lieu de vie collective, un lieu d’échange », insiste Jérôme Baylac-Domengetroy. La formule peut paraître convenue ; elle prend ici une signification très concrète. Le lien social ne se décrète pas : il faut lui donner une adresse, des espaces communs et des occasions de rencontre. L’enjeu dépasse largement Morcenx-la-Nouvelle. À l’horizon 2050, plus d’un Landais sur trois aura dépassé 65 ans. Les communes devront adapter les logements, les transports, les services sociaux et les centres-bourgs à cette évolution. La Maison Saint-Jours apporte une réponse modeste par sa taille, mais instructive par sa conception.