Une commission d'enquête qui refuse les faux-semblants.

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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Universités : Laurence Garnier veut « lever le tabou de la sélection »

Un système à bout de souffle et une hypocrisie qu'il faut nommer : c'est le constat que dresse Laurence Garnier, sénatrice de Loire-Atlantique (Les Républicains), au terme de six mois de travaux à la tête de la commission d'enquête sénatoriale sur la capacité des universités françaises à garantir l'excellence académique. Le rapport, intitulé « Universités : assumer l'excellence », a été déposé le 7 septembre et présenté ce mercredi 9 septembre en conférence de presse, aux côtés du président de la commission, le sénateur Pierre Ouzoulias. Le bilan qu'il dresse est sévère. Moins d'un étudiant sur trois obtient sa licence en trois ans, et près d'un sur deux, inscrit en première année, n'a toujours aucun diplôme cinq ans plus tard : un échec massif qui place la France au 24ᵉ rang sur 32 pays comparables de l'OCDE, et dont la Cour des comptes chiffre le coût annuel à 534 millions d'euros.

« Un taux de réussite de 50 % constitue-t-il un bon équilibre ? » Ce chiffre a nourri, tout au long des auditions, l'interrogation centrale de la rapporteure. Lors de la table ronde de présidents d'université du 19 mai dernier, elle avait posé la question sans détour aux responsables d'établissements : « Considérez-vous donc qu'un taux de réussite de 50 % constitue un bon équilibre ? » La formule résume l'esprit de la commission : refuser de se satisfaire d'un statu quo trop souvent présenté comme la conséquence inévitable de l'ouverture démocratique de l'université. C'est précisément ce grand écart qui est mis en cause dans le rapport : l'université française doit à la fois accueillir tous les bacheliers, sans filtre à l'entrée, et se hisser au niveau des meilleurs centres de recherche mondiaux. Un ancien président de l'université Paris-Dauphine, Laurent Batsch, entendu par la commission, l'a résumé en des termes restés dans les mémoires des sénateurs présents, évoquant un établissement placé « sur la ligne de départ avec un vieux sac à dos bien lesté » et sommé malgré tout de gagner la course. Le rapport y voit la source d'une « sélection différée et par l'échec » : faute de filtre à l'entrée, c'est le premier cycle lui-même qui trie, souvent au détriment des étudiants les plus modestes.

Lever le tabou de la sélection, c'est la recommandation la plus commentée des dix que formule le rapport : mettre fin au droit d'accès automatique des titulaires du baccalauréat à l'enseignement supérieur, et laisser chaque université fixer les conditions d'accès à ses formations de licence. L'ancienne ministre de l'enseignement supérieur Frédérique Vidal, auditionnée par la commission, avait déjà posé le diagnostic en creux : selon elle, l'université « sélectionne par l'échec ». Une phrase que le rapport reprend presque comme un fil conducteur : derrière l'apparente ouverture à tous se cache, de fait, un tri qui ne dit pas son nom. Cette proposition s'articule avec une autre, moins spectaculaire mais tout aussi structurante : diversifier les voies d'accès post-bac, avec des années de propédeutique pour les candidats qui n'ont pas les prérequis, et davantage de filières professionnelles courtes. L'objectif affiché n'est pas de fermer des portes, mais d'éviter que l'échec en licence ne serve, de fait, de dispositif de tri par défaut.

Autre proposition qui ne manquera pas de faire débat : porter les droits d'inscription à 900 euros en licence et 1 300 euros en master, contre respectivement 175 et 260 euros aujourd'hui, soit environ 10 % du coût réel d'une formation. Le rapport insiste sur la contrepartie : cette hausse devrait s'accompagner d'une refonte des bourses sur critères sociaux et d'un engagement budgétaire constant de l'État, pour ne pas fermer l'accès aux étudiants les plus modestes. C'est un changement de paradigme assumé, puisque les droits d'inscription ne représentent aujourd'hui que 3 % des ressources des universités françaises, un des taux les plus bas parmi les pays comparables.

Le rapport pointe aussi un problème plus profond, presque culturel : l'université française peine à s'imposer comme une voie d'excellence dans l'esprit des Français eux-mêmes. Seuls 15 % d'entre eux l'associent spontanément à une formation d'excellence. La sociologue Christine Musselin, également auditionnée, avait résumé ce paradoxe français : contrairement à ce qu'elle observe ailleurs, « chez nous, les universités ne sont pas les établissements d'élite de l'enseignement supérieur ». Ce déficit de prestige a des conséquences concrètes : recul de dix places en vingt ans dans l'accueil des étudiants internationaux, et près d'un docteur étranger sur deux qui quitte la France dans les trois ans suivant sa thèse.

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