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La France a encore eu une inflation inférieure à celles de la plupart des autres pays de la zone euro en août.
ANALYSE
✍️ Par Yannick URRIEN
La France conserve, presque contre toute attente, un avantage singulier au sein de la zone euro : une inflation sensiblement plus faible que chez ses voisins. En août 2026, la hausse des prix atteint 2,7 % sur un an selon l’indice harmonisé, contre 3,3 % en moyenne dans la zone euro. L’Espagne est à 4,5 %, la Belgique à 4,2 %, l’Italie à 3,2 % et l’Allemagne à 2,9 %.
Ce n’est donc pas un détail statistique. Le paradoxe est que cette relative sagesse ne vient pas de l’énergie. Les prix énergétiques ont au contraire progressé de 16,5 % en France, davantage que la moyenne européenne. Le gaz a fortement renchéri avec la hausse des coûts d’acheminement et de distribution, tandis que les carburants ont été moins protégés qu’ailleurs par des allégements fiscaux temporaires.
La véritable explication se trouve dans ce que les économistes appellent l’inflation sous-jacente. Hors énergie, les prix n’ont progressé que de 1,4 % en France. Les services, qui constituent souvent le noyau le plus tenace d’une poussée inflationniste, n’augmentent que de 2,1 %, contre 2,9 % en Allemagne, 3,9 % en Espagne ou 3,8 % en Belgique.
Il faut y voir d’abord l’effet d’une modération salariale plus prononcée qu’ailleurs. C’est une bonne nouvelle pour les prix, beaucoup moins évidemment pour le pouvoir d’achat. S’y ajoute une particularité très française : l’importance des tarifs administrés, dont l’ajustement est plus lent, ce qui amortit temporairement les chocs. Même constat du côté des biens industriels : leurs prix ont stagné en France. La concurrence acharnée dans la grande distribution, combinée à une hausse contenue des coûts salariaux, limite les possibilités de relever les étiquettes.
Il faut donc se garder de triompher trop vite. La France maîtrise mieux ses prix, mais en partie parce que ses salaires progressent moins vite. En économie, les bonnes nouvelles ont souvent leur envers. L’inflation française est plus faible ; reste à savoir combien de temps cet avantage pourra durer sans peser davantage sur la consommation et la croissance.