Mes fidélités. Chroniques d'un homme libre.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Le nouveau livre d'Hervé Le Roch ne cherche ni à convaincre ni vraiment à expliquer : il dit simplement d'où l'on parle. C'est devenu rare, à une époque où beaucoup prennent soin de dissimuler ce qu'ils pensent avant même d'ouvrir la bouche. Dans Mes fidélités. Chroniques d'un homme libre, paru aux Éditions vendéennes, l'ancien directeur de RCF Vendée puis de TV Vendée rassemble 69 chroniques choisies parmi quelque 250 textes écrits et diffusés entre 2021 et 2025. Le titre est bien trouvé : il s'agit moins ici de défendre un programme que de raconter des fidélités à une foi, à une famille, à une certaine idée de la France, à quelques principes dont notre modernité a parfois décidé qu'ils étaient devenus encombrants.

Hervé Le Roch est conservateur et ne s'en cache guère. Il se méfie de l'écriture inclusive, du wokisme, de l'écologie transformée en catéchisme, du relativisme contemporain et de la disparition du sens commun. Il manie volontiers l'ironie : « C'est moche, mais c'est le progrès », écrit-il après avoir décrit quelques-unes des injonctions de notre temps. Par moments, le trait est appuyé. C'est la loi du genre : une chronique radiophonique doit aller vite, accrocher, provoquer parfois. Le Roch ne cherche manifestement pas à passer entre les gouttes ; il préfère l'orage. Certaines pages paraîtront trop raides à ceux qui ne partagent ni sa foi ni ses inquiétudes. Mais elles ont au moins une vertu devenue précieuse : elles ne trichent pas.

Le livre prend une tout autre profondeur lorsque le chroniqueur abandonne un instant l'arène des guerres culturelles. Derrière le polémiste apparaît alors l'homme, le père, l'époux, marqué par l'épreuve la plus terrible qui soit : la mort de son fils Augustin, à dix-huit ans. « Augustin est tombé. Il ne s'est jamais relevé ; et nous non plus. » À cet endroit, la chronique cesse d'être une opinion. Elle devient une blessure. Le cœur du livre est là. Le Roch parle de la mort, de l'espérance, de la foi, de ces existences cabossées auxquelles la vie ne rend jamais exactement ce qu'elle leur a pris. « Je commence avec mon cerveau, je finis avec mon cœur », dit-il. On pense à Bernanos, qu'il cite, et à sa définition de l'espérance comme « désespoir surmonté ». Après un tel drame, écrire que « la vie est belle si on décide qu'elle le soit » n'a évidemment pas tout à fait le même poids.

On pourra discuter ses colères, contester ses jugements, trouver ici une nostalgie excessive, là un monde d'hier un peu trop idéalisé. Mais l'essentiel est ailleurs. Mes fidélités raconte un homme qui refuse de considérer que vivre avec son temps oblige nécessairement à lui donner raison. Au fond, Hervé Le Roch défend une idée assez ancienne, presque romaine, de la fidélité : non pas l'immobilité, mais la permanence de quelques points fixes lorsque tout bouge autour de nous. Dans une société où l'on change volontiers de convictions comme de téléphone portable, cette obstination-là possède une certaine élégance.

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