Le commerce français continue de créer des emplois.

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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Jean-Pierre Vigier : « Le dernier commerce du village est souvent le dernier rempart de la sociabilité en milieu rural »

Député Les Républicains de la Haute-Loire, Jean-Pierre Vigier a corapporté, avec le député socialiste Laurent Lhardit, la mission d'information de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale sur l'avenir des commerces de proximité. Cinq mois de travaux, une trentaine d'auditions, des déplacements dans les Bouches-du-Rhône et en Haute-Loire ont abouti à un rapport de 43 recommandations.

Le constat qui ouvre le rapport pourrait surprendre : le commerce français, loin de s'effondrer, continue de créer des emplois. Entre 2006 et 2024, le secteur en a créé 606 000, soit une hausse de 26 %, quand l'emploi privé dans son ensemble ne progressait que de 13 %. Mais cette vigueur globale masque une réalité déchirée en deux. D'un côté, la vacance commerciale des centres-villes, après une accalmie, repart à la hausse : elle atteint 11 % en 2024, contre 6,8 % dix ans plus tôt, et grimpe à 11,6 % en 2025. De l'autre, un phénomène plus silencieux mais plus radical continue de vider les campagnes de leurs derniers commerces.

C'est sur ce second front que Jean-Pierre Vigier porte l'accent. « Le dernier commerce du village est souvent aussi le dernier rempart de la sociabilité en milieu rural », avant de préciser ce que recouvre concrètement cette formule : « Dans les bourgs dotés de quelques commerces seulement, chaque fermeture enclenche des effets économiques en cascade : la disparition d'un commerce affaiblit la fréquentation de l'ensemble du linéaire, décourage les repreneurs potentiels et accélère la paupérisation du territoire. » Le chiffre qui accompagne ce constat donne la mesure du problème : 62 % des communes françaises n'ont plus aucun commerce, contre 25 % en 1981 et parmi elles, 98 % sont situées en milieu rural.

Le rapport insiste particulièrement sur l'urgence de la transmission des commerces existants, faute de quoi cette érosion s'aggravera mécaniquement. Près de cinq cent mille dirigeants d'entreprise partiront à la retraite dans les dix prochaines années, mettant en jeu plus de trois millions d'emplois ; une entreprise sur deux ne trouve aujourd'hui pas de repreneur, et les prix de cession ont grimpé de 30 % en cinq ans. « La transmission des commerces est donc un enjeu vital pour tous les territoires ruraux », tranchent les rapporteurs. Cette priorité rurale n'a rien d'abstrait pour l'élu de la Haute-Loire : la mission s'est rendue dans son département le 11 juin 2026, à Brioude, au Puy-en-Velay et à Saint-Georges-d'Aurac, une commune de 473 habitants où le bar Le 102, tenu vingt ans par la même commerçante, cherchait un repreneur sans y parvenir faute d'apport suffisant pour financer les travaux de rénovation.

La commune a fini par reprendre elle-même l'établissement en 2023, pour un coût total de 128 000 €, financé à 45 % par la commune elle-même et complété par l'ANCT, la région Auvergne-Rhône-Alpes et le fonds européen Leader. Rouvert après deux ans de travaux, il fait aujourd'hui office à la fois de bar-tabac, de dépôt de pain, d'épicerie, de restaurant et de point de retrait d'espèces pour tout le bourg et les usagers de la route qui le traverse. Un cas d'école que le rapport cite explicitement pour illustrer ce qu'exige, concrètement, le sauvetage du dernier commerce d'un village : du temps, plusieurs financeurs publics superposés, et une volonté politique locale.

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