Une question qui va concerner de plus en plus d'élus français : que faire de l'eau lorsqu'elle tombe ?

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Samuel Courvallet, maire de Pierrefitte-en-Cinglais (Calvados) : « Toutes les eaux de la colline arrivent ici »  

Dans le Calvados, à Pierrefitte-en-Cinglais, Samuel Courvallet porte deux casquettes. Il est le maire de cette petite commune rurale du pays de Falaise, mais aussi agriculteur, à la tête d’une exploitation d’environ 70 hectares plantée notamment de plusieurs milliers de pommiers. Et c’est bien comme exploitant agricole qu’il se retrouve aujourd’hui au cœur d’un débat qui dépasse largement les limites de son village : celui du stockage de l’eau pour faire face à des étés de plus en plus secs.

Depuis le début de l’été, Samuel Courvallet fait aménager sur ses terres une retenue capable de stocker jusqu’à 40 000 m³ d’eau. L’ouvrage est important : le bassin doit occuper environ un hectare et atteint par endroits une dizaine de mètres de profondeur. Pour le maire-agriculteur, le raisonnement est assez simple. Il s’agit de conserver l’eau lorsqu’elle est disponible pour pouvoir ensuite la restituer aux cultures.  

« Toutes les eaux de la colline arrivent ici », il ajoute que l’objectif était de les récupérer afin de pouvoir irriguer ses pommiers pendant les périodes estivales les plus sèches. Le propos prend une résonance particulière en Normandie. Pendant longtemps, l’image d’une région verte et régulièrement arrosée pouvait laisser penser que l’irrigation y resterait marginale. Ce n’est plus aussi évident. Pierrefitte-en-Cinglais a été placée, avec une partie de l’ouest du Calvados, en situation de crise sécheresse à la mi-août. Pour les producteurs de pommes, comme pour beaucoup d’agriculteurs français, l’adaptation au changement climatique n’est donc plus une perspective lointaine : elle entre désormais dans les décisions d’investissement.  

Le projet de Samuel Courvallet bénéficie d’ailleurs d’un soutien public au titre de la politique d’adaptation de l’agriculture. Le Fonds hydraulique agricole a précisément été créé pour financer des infrastructures permettant de sécuriser l’accès à l’eau tout en améliorant la résilience des exploitations. L’État soutient notamment la création de retenues alimentées par le ruissellement. Pour 2026, ce dispositif dispose d’une enveloppe nationale de 60 millions d’euros. Dans le cas de Pierrefitte-en-Cinglais, l’aide publique représenterait environ la moitié de l’investissement. Mais c’est précisément là que commence la controverse.

Cinq associations environnementales ont saisi les services de l’État, le préfet, le procureur et l’Office français de la biodiversité. Elles considèrent que les caractéristiques de l’ouvrage nécessiteraient des autorisations plus importantes que celles obtenues initialement. Selon les éléments rapportés par Reporterre, le maire avait lui-même signé, en sa qualité d’élu, le récépissé de déclaration préalable concernant son projet agricole.

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