⟵ Retour
Comprendre l'effet boule de neige de la dette.
EN DIRECT AVEC...
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Kévin Mauvieux, député RN de l’Eure : « Plus nous attendons, plus l’addition sera douloureuse »
La dette française n’est pas encore cette avalanche que nul ne pourrait arrêter. Mais, à force d’accumuler les déficits, l’État prépare lui-même la pente sur laquelle elle pourrait dévaler. Telle est la conclusion, moins spectaculaire qu’inquiétante, du rapport consacré à « l’effet boule de neige » présenté par le député Kévin Mauvieux au nom de la commission des finances de l’Assemblée nationale. « Tous les voyants sont au rouge », prévient le rapporteur spécial. La dette publique a dépassé 3 500 milliards d’euros au premier trimestre 2026 et représente désormais 117,5 % du PIB, contre 98,5 % en 2017 et 59,5 % en 2000. La charge d’intérêts devrait, selon les chiffres présentés devant la commission, égaler en 2026 le budget de l’Éducation nationale hors pensions et dépasser largement ceux de la défense, de la recherche ou de la justice.
Encore faut-il comprendre ce que les économistes appellent l’effet boule de neige. Il ne désigne pas simplement le fait que l’État emprunte pour payer ses intérêts. Il mesure l’effet produit sur le poids de la dette par l’écart entre son taux d’intérêt moyen - le fameux « r » - et la croissance nominale de l’économie, le « g ». Lorsque le coût de la dette dépasse la croissance, le ratio d’endettement augmente mécaniquement. Lorsque la croissance demeure supérieure au taux d’intérêt, le poids relatif de la dette peut au contraire diminuer.
Le déficit, bien davantage que les taux
Le paradoxe du rapport est précisément là : l’effet boule de neige, auquel son titre semble attribuer le premier rôle, n’explique qu’une faible partie de la dérive française. Entre 1980 et 2025, sa contribution moyenne n’a été que de 0,21 point de PIB par an. Il a même joué favorablement entre 2017 et 2025, réduisant théoriquement le ratio de dette de 1,74 point de PIB par an en moyenne. La Cour des comptes a reconstitué les causes de l’endettement depuis 1978. Sur cette période, l’effet boule de neige n’aurait ajouté que 8,8 points de PIB à la dette, contre 57,4 points pour les déficits primaires, c’est-à-dire les déficits calculés avant même le paiement des intérêts. « La variable explicative de l’endettement actuel est, avant tout, le déficit primaire », résume Kévin Mauvieux.
Autrement dit, la dette française ne serait pas d’abord le résultat d’une fatalité financière, mais de budgets durablement déséquilibrés. Le député dénonce « de mauvais choix de politique budgétaire », un « manque de courage économique » et des finances publiques qui ne sont pas sérieusement tenues. Le jugement est politique ; les chiffres qui le fondent le sont moins. Entre 1995 et 2024, le ratio d’endettement français a augmenté de 54,4 points de PIB, contre 7,9 points en Allemagne. La différence tient largement à l’incapacité française à dégager durablement un excédent primaire. Le modèle italien offre ici un avertissement. Rome a souvent produit des excédents avant paiement des intérêts, mais son stock de dette, déjà très élevé, et sa faible croissance ont entretenu une dynamique défavorable. Il ne suffit donc pas de rétablir l’équilibre courant : encore faut-il dégager un excédent assez important pour neutraliser le coût hérité du passé.