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Commerce extérieur : la France paie au prix fort son déclassement gazier.
LE SIGNAL DE LA SEMAINE
✍️ Par Yannick URRIEN
Les statistiques douanières sont révélatrices de la puissance économique d’un pays, mais aussi, malheureusement, de son déclin. Derrière les colonnes d’importations et d’exportations, on devine une histoire autrement plus politique : celle d’une France qui résiste encore grâce à quelques grands bastions industriels, mais qui paie désormais très cher la fragilité de ses approvisionnements énergétiques. Deux études publiées par le service statistique ministériel de la Douane dressent un tableau sans complaisance des cinq années écoulées. Entre la pandémie, la guerre russo-ukrainienne, le retour du protectionnisme américain et les tensions au Proche et au Moyen-Orient, le commerce français a subi une succession de chocs dont on aurait tort de minimiser les effets structurels.
En 2025, le déficit commercial de la France s’établit encore à 69 milliards d’euros. Le chiffre est certes moins mauvais qu’au plus fort de la crise énergétique, mais il demeure supérieur de 11 milliards d’euros à celui de 2019. Surtout, le redressement reste fragile : en mai 2026, le déficit mensuel s’est de nouveau creusé de 1,5 milliard, pour atteindre 6,9 milliards d’euros, sous l’effet d’une diminution des exportations et d’une légère progression des importations. Sur douze mois, le déficit atteint 58,9 milliards d’euros.
Le prix véritable de la rupture avec le gaz russe
Le principal enseignement de cette étude concerne l’énergie. La France a longtemps cru que son parc nucléaire la mettait définitivement à l’abri des désordres gaziers européens. C’était oublier que le gaz ne sert pas seulement à produire de l’électricité. Il chauffe les bâtiments, alimente les fours industriels, intervient dans la chimie, les engrais, le verre et l’agroalimentaire, et détermine, par le jeu du marché européen, une partie du prix général de l’énergie. La disparition presque complète des approvisionnements russes n’a donc pas supprimé la dépendance française : elle l’a déplacée et renchérie.
Bref, nous sommes les perdants de ce nouveau jeu diplomatique. Le gaz acheminé par gazoduc depuis la Russie a été remplacé par du gaz naturel liquéfié, transporté par méthanier, liquéfié au départ, puis regazéifié à l’arrivée. Chacune de ces opérations engendre des coûts supplémentaires, nécessite des infrastructures et multiplie les intermédiaires. À cela s’ajoute une concurrence désormais mondiale pour les cargaisons disponibles. Selon l’étude de la Douane, le prix du gaz importé a doublé entre 2019 et 2025. La diminution des volumes achetés n’a pas suffi à compenser ce renchérissement. Le déficit énergétique hors électricité demeure ainsi supérieur d’environ 5 milliards d’euros à son niveau de 2019.
Il ne s’agit pas seulement d’un mauvais chiffre dans la balance commerciale. Ce surcoût représente une ponction durable sur le revenu national. L’argent consacré à l’achat de gaz américain ou moyen-oriental ne finance ni l’investissement productif français, ni les salaires, ni la modernisation de notre appareil industriel. Il quitte le territoire. Sous cet angle, la facture énergétique agit comme un impôt extérieur. Les États-Unis fournissent désormais environ la moitié du GNL importé par la France et près d’un cinquième de son pétrole. La dépendance à Moscou a donc été remplacée par une dépendance croissante à Washington, avec cette différence essentielle que le produit américain est généralement plus coûteux à transporter et que son prix répond davantage aux tensions du marché mondial.
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