Une maison posée sur un plan

Douche à l'italienne : quand le confort moderne alourdit la facture du bâtiment.

IMMOBILIER

✍️ Par Yannick URRIEN

La douche à l’italienne possède toutes les qualités de notre époque. Elle est esthétique, discrète, accessible et débarrassée de cette marche que l’on franchissait autrefois sans y penser, mais que le vieillissement transforme en obstacle. Elle agrandit visuellement la salle de bains, valorise les photographies d’une annonce immobilière et répond aux exigences d’accessibilité des logements contemporains.

Elle a seulement un défaut : elle ne pardonne presque rien. Le dernier bilan de l’Agence qualité construction remet ce sujet très concret au cœur de l’économie du bâtiment. Dans les logements collectifs neufs, les équipements sanitaires représentent désormais 10,7 % des désordres de nature décennale observés sur la période récente. Ils occupent la première place du classement, devant les fenêtres, les réseaux d’eau et les revêtements de sol. Dans les maisons individuelles, leur poids atteint 7,7 %.

En rénovation des copropriétés, ils représentent également 7,7 % des désordres recensés. Il faut toutefois lire ces chiffres avec précision. Ils concernent l’ensemble des équipements sanitaires, et non les seules douches à l’italienne. Mais l’étude spécifique menée par l’AQC sur les douches avec ou sans ressaut révèle l’extrême sensibilité de ces ouvrages à la qualité de leur exécution. Sur les dossiers analysés, 92 % des désordres étaient attribués à un défaut de mise en œuvre, représentant 88 % du coût des réparations. Le vice du produit lui-même ne comptait que pour une part très marginale.

Autrement dit, ce n’est généralement pas la douche qui est mauvaise : c’est la manière dont elle a été conçue, coordonnée ou posée. Le défaut de fixation ou de calage du receveur concentre 28 % des désordres étudiés, avec un coût moyen de réparation de 25 725 euros. Le défaut d’étanchéité des joints périphériques représente 23 % des cas et entraîne une dépense moyenne de 16 752 euros. À eux seuls, ces deux défauts dépassent la moitié des sinistres identifiés. Derrière un joint de quelques millimètres ou un support insuffisamment stable peuvent donc apparaître des infiltrations dans les cloisons, un affaissement autour du siphon, la dégradation du plancher intermédiaire et, en copropriété, un conflit avec le voisin de l’étage inférieur.

La disproportion entre la modestie apparente de la faute et le coût final du dommage est caractéristique de l’économie de la construction. Une économie de quelques heures sur la préparation du support peut provoquer plusieurs semaines de travaux, le démontage du carrelage, la reprise de l’étanchéité, le séchage des parois et la remise en état de plusieurs appartements. Le sinistre n’est plus celui d’un simple appareil sanitaire : il se diffuse dans l’immeuble comme l’eau dont on avait précisément négligé le chemin. Cette sinistralité pose désormais une question financière. Les assureurs décennaux pourraient durcir leurs exigences, augmenter les franchises ou surveiller davantage les entreprises intervenant sur ces ouvrages. Les promoteurs, souvent soumis à des calendriers de livraison serrés, devront renforcer leurs contrôles. Les syndics et copropriétaires auront intérêt à vérifier les assurances, les qualifications et les procédés employés avant d’autoriser certaines transformations privatives.

Pour l’investisseur immobilier, la salle de bains ne peut plus être regardée comme une simple ligne de décoration. Lors de l’acquisition d’un appartement récent ou rénové, il faudrait s’intéresser à la date des travaux, aux factures, à l’entreprise qui les a exécutés, au système d’étanchéité utilisé et à l’existence éventuelle de réserves lors de la réception. Dans l’ancien, remplacer une baignoire par une douche de plain-pied ne constitue pas une opération anodine, notamment lorsque l’on touche à la dalle, aux canalisations ou aux parties communes. Faut-il pour autant renoncer à la douche à l’italienne ? Certainement pas. Elle répond à une évolution durable de l’habitat et au maintien à domicile d’une population vieillissante. Mais sa généralisation ne peut s’accompagner d’une banalisation de sa pose. Le véritable luxe immobilier n’est pas le marbre du revêtement ni la finesse du receveur : c’est une étanchéité qui remplit silencieusement son office pendant vingt ans.

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Accès à l’unité ou abonnement à tarif avantageux ✨

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.