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Le littoral retrouve les lois du marché.
LA VIE DE L’IMMOBILIER
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Loïc Cantin : « Le littoral reste un marché à part, mais il n’est plus déconnecté du cycle national. »
Après l’euphorie immobilière née de la crise sanitaire, les stations balnéaires françaises entrent dans une phase de normalisation. Les prix ne s’effondrent pas, mais le marché devient plus sélectif, plus rationnel et plus attentif à la qualité réelle des biens. L’emplacement demeure essentiel, sans suffire désormais à effacer un mauvais diagnostic énergétique, des travaux coûteux ou une exposition aux risques littoraux.
Au 1er mai 2026, le prix moyen de l’immobilier dans les stations balnéaires atteint encore 4 536 euros le mètre carré, soit environ 50 % de plus que la moyenne de la France métropolitaine, établie à 3 006 euros. Ce niveau élevé rappelle la singularité persistante du littoral français. Mais derrière cette prime géographique, la dynamique s’est inversée : depuis janvier 2024, les prix des stations balnéaires ont reculé de 1,6 %, tandis que l’ensemble du marché métropolitain progressait légèrement de 0,8 %. Le temps où une maison proche de la mer trouvait preneur en quelques jours, presque sans discussion, paraît donc révolu. Le marché balnéaire n’a pas perdu son attrait, mais il a cessé d’échapper aux règles ordinaires de l’immobilier : capacité d’emprunt, coût des travaux, qualité énergétique et adéquation du prix à la demande réelle.
La flambée observée entre 2020 et 2022 avait parfois donné le sentiment que les stations balnéaires constituaient un monde à part. Le télétravail, le désir d’espace et l’engouement pour les résidences secondaires avaient provoqué une envolée spectaculaire, notamment sur les maisons, dont les prix avaient progressé de 25 % en deux ans. Cette parenthèse se referme. « Beaucoup de vendeurs restent encore psychologiquement attachés aux prix observés pendant la période Covid. Pourtant, les acquéreurs ont changé. Ils comparent davantage et négocient », constate Éric Allouche, directeur exécutif du réseau ERA Immobilier. Selon le réseau, certains marchés enregistrent désormais des ajustements compris entre 5 et 10 %.
La correction n’est pourtant ni uniforme ni brutale. Le marché se segmente. Les biens correctement évalués, bien entretenus et immédiatement habitables continuent de se vendre rapidement. En revanche, ceux qui restent affichés aux prix les plus élevés de la période post-Covid voient leurs délais de commercialisation s’allonger. Le diagnostic de performance énergétique est devenu un véritable arbitre. La hausse du coût des rénovations, l’incertitude entourant les travaux et la perspective de factures énergétiques plus lourdes poussent les acquéreurs vers les logements prêts à habiter. Le « clé en main » rivalise désormais avec la proximité de la plage dans la hiérarchie des critères.
Cette évolution marque un profond changement de culture. Durant des décennies, l’immobilier littoral a été gouverné par une règle presque absolue : l’adresse commandait tout. Une vue sur mer, quelques centaines de mètres gagnés sur la plage ou le prestige d’une station suffisaient à justifier une forte prime. Cette logique subsiste, mais elle est désormais tempérée par un calcul économique beaucoup plus complet. La géographie redevient déterminante. Sur un an, la Bretagne affiche un recul de 2,7 %, les Pays de la Loire de 1,7 %, la Normandie de 1,2 % et la Nouvelle-Aquitaine de 1,1 %. La façade méditerranéenne résiste mieux : la région Provence-Alpes-Côte d’Azur progresse de 2,2 % et demeure, avec 6 014 euros le mètre carré, la plus chère de France. Les sommets nationaux restent d’ailleurs occupés par des communes littorales. Saint-Jean-Cap-Ferrat atteint 17 143 euros le mètre carré, devant Saint-Tropez, à 16 348 euros, et Ramatuelle, à 15 928 euros. Dix stations balnéaires figurent parmi les vingt communes les plus chères du pays.