Nexans : un beau câble industriel, mais un mauvais point d'entrée.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nexans appartient à cette catégorie des entreprises industrielles dont le métier paraît presque banal jusqu'au jour où l'on comprend qu'il est indispensable. Sans câble, point d'éolienne raccordée, de réseau électrique modernisé, de centre de données alimenté ni de centrale reliée au consommateur. La maison descend d'une invention mise au point en 1879 par François Borel et Édouard Berthoud : un câble électrique étanche, gainé de plomb, qui permit notamment d'éclairer les Champs-Élysées lors de l'Exposition universelle de 1900. Autrement dit, Nexans câblait déjà la modernité avant que celle-ci ne s'appelle transition énergétique.
Le groupe a depuis accompli une transformation assez remarquable. Jadis conglomérat dispersé, exposé à des activités médiocrement rentables, il s'est recentré sur l'électrification : transport à haute tension, interconnexions sous-marines, réseaux de distribution et câbles destinés aux bâtiments. En 2025, le chiffre d'affaires à cours des métaux constants a atteint 6,1 milliards d'euros, avec une croissance organique de 8,3 % - nettement supérieure aux objectifs à moyen terme du groupe - et une marge d'EBITDA ajusté portée à 11,9 %, en progression de 161 points de base sur un an. Pour 2026, la direction vise encore un EBITDA compris entre 730 et 810 millions d'euros et un flux de trésorerie disponible de 210 à 310 millions. Il faut noter un détail qui a son importance pour la suite : ces perspectives n'intègrent volontairement pas l'exécution du Great Sea Interconnector, ce câble sous-marin stratégique reliant la Grèce et Chypre dont le calendrier a pris du retard.
Autrement dit, la guidance actuelle constitue une base prudente ; tout déblocage favorable de ce projet dans les prochains trimestres représenterait un catalyseur positif encore non intégré dans les chiffres. Le premier trimestre n'a pas démenti la qualité du dossier. Les métiers de l'électrification ont progressé organiquement de 4,9 %, notamment grâce aux câbles de transmission et aux réseaux. Sur le plan de la valorisation, le titre n'a d'ailleurs rien d'un dossier hors de prix : sur la base des objectifs 2026, Nexans se traite à environ 6,9 fois l'EBITDA et 10,9 fois l'EBIT attendus, soit une décote de l'ordre de 45 % par rapport à ses pairs du secteur selon plusieurs analystes. C'est un point qu'il faut garder à l'esprit dans tout ce qui suit : la prudence que nous recommandons ne porte pas sur le prix payé pour la qualité de l'entreprise, mais sur le moment choisi pour l'acheter.
Car la Bourse, vieille personne capricieuse, ne récompense pas indéfiniment une entreprise pour des mérites déjà connus. Elle finit toujours par demander combien de bonnes nouvelles sont enfermées dans le cours. Or, le graphique appelle désormais à la retenue. Entre le 31 mars et le 14 mai, Nexans a bondi de 107,70 à 166 euros, soit plus de 50 % en six semaines. Trois échecs successifs sous 166 euros ont ensuite dessiné un triple sommet, figure rarement propice aux enthousiasmes tardifs. Le reflux vers 130 euros n'est donc pas une simple respiration : il constitue un test technique important. À 134,60 euros, le titre reste coincé entre ce support et une première résistance située vers 139,40 euros, puis 142,50 euros. Un élément nuance toutefois cette lecture prudente : le MACD est repassé en territoire légèrement positif, signe d'un regain de momentum à très court terme. Ce n'est pas encore une confirmation de retournement - la figure du triple sommet reste la plus sérieuse à surveiller - mais c'est un signal qui mérite d'être suivi de près dans les prochaines séances, notamment si les volumes venaient à s'étoffer.
La cassure nette des 130 euros ouvrirait la voie vers 110 euros, niveau correspondant au creux du printemps. Inversement, il faudrait repasser durablement au-dessus de 142,50 euros pour commencer à réparer la figure. La publication semestrielle du 29 juillet pourrait naturellement provoquer l'arbitrage, dans un sens comme dans l'autre et pourrait aussi être l'occasion pour la direction d'apporter des précisions sur l'avancement du Great Sea Interconnector, ce fameux catalyseur latent évoqué plus haut.
Notre conseil : rester à l'écart, mais garder le dossier en haut de la liste de surveillance. Nexans demeure une entreprise de grande qualité, admirablement placée sur l'électrification mondiale, et sa valorisation reste raisonnable au regard de ses pairs. Mais une bonne société n'est pas nécessairement une bonne action à n'importe quel moment du graphique. On attendra soit un retour vers 110-115 euros, soit une véritable reconstruction au-dessus de 142,50 euros confirmée par des volumes plus soutenus. Entre les deux, mieux vaut ne pas saisir le câble à mains nues mais il vaut la peine de garder les gants à portée de main, tant la qualité industrielle sous-jacente reste, elle, hors de discussion.
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