Obligations : le rendement est revenu, mais la facilité a disparu !

LE SIGNAL DE LA SEMAINE

✍️ Par Yannick URRIEN

Après quinze années dominées par l’argent presque gratuit, les marchés obligataires ont changé de nature. Les taux offrent de nouveau des revenus substantiels, mais l’inflation, l’endettement public et l’abondance des émissions imposent une sélection beaucoup plus rigoureuse. Pour Alexandre Caminade et Philippe Berthelot, responsables des gestions obligataires chez Ostrum Asset Management, la grande époque de la compression généralisée des spreads s’achève. Désormais, la performance se gagnera d’abord par le portage, la patience et la qualité des arbitrages.  

Une obligation est, avant toute chose, une promesse de remboursement assortie d’un intérêt. Pendant une bonne partie des années 2010, cette définition élémentaire avait presque fini par paraître désuète. Les banques centrales achetaient massivement les dettes, les rendements s’enfonçaient parfois en territoire négatif et l’investisseur obligataire gagnait moins en encaissant un coupon qu’en pariant sur une nouvelle baisse des taux et un nouveau resserrement des primes de risque.  

À l’occasion d’une conférence de presse organisée par Ostrum Asset Management le 23 juin 2026, Alexandre Caminade, directeur des gestions taux souverains, émergents et aggregate, et Philippe Berthelot, directeur des gestions crédit et monétaire, ont décrit un marché désormais installé dans un « nouveau régime ». L’expression est bien choisie. Les obligations sont redevenues des instruments de rendement, mais elles doivent composer avec une inflation plus résistante, des finances publiques lourdement sollicitées et des banques centrales beaucoup moins disposées à anesthésier les marchés. En somme, le coupon est revenu. Mais avec lui sont revenues les vieilles disciplines du métier : l’analyse des bilans, la surveillance des déficits, le risque de duration et, surtout, la sélection.  

Le premier constat dressé par Alexandre Caminade concerne la remontée des taux européens. Le Bund allemand à dix ans évolue désormais autour de 3 %, alors qu’Ostrum envisageait encore, en début d’année, un niveau proche de 2,8 % à la fin de 2026.La différence peut paraître modeste. Elle est en réalité significative, car elle traduit une réévaluation durable du risque inflationniste. Le choc énergétique du début de l’année s’est certes atténué, avec un baril de pétrole revenu sous les 75 dollars, mais ses effets ne se sont pas complètement dissipés dans les anticipations de prix.  

Autrement dit, le marché ne considère plus l’inflation comme un simple accident météorologique que quelques baisses de taux suffiraient à faire disparaître. Il soupçonne désormais une diffusion plus profonde des tensions dans l’économie : salaires, services, coûts de production et politiques budgétaires continuent d’entretenir une hausse des prix plus persistante qu’espéré. « Les niveaux de taux sont plus élevés qu’anticipé en début d’année », observe en substance Alexandre Caminade. Cette évolution a conduit la Banque centrale européenne à modifier légèrement sa trajectoire. Là où les investisseurs prévoyaient une stabilité complète, ils intègrent désormais une ou deux hausses supplémentaires avant une nouvelle phase de stabilisation.  

Cette inflexion ne signifie pas que l’Europe revit le traumatisme obligataire de 2022. La volatilité s’est sensiblement normalisée par rapport aux années 2022 à 2024. Mais la BCE rappelle qu’elle ne peut pas simultanément garantir une inflation faible, financer implicitement les États et protéger les détenteurs d’obligations contre toute remontée des rendements. C’est le retour d’une vérité ancienne : les taux d’intérêt sont aussi le prix du temps, de l’inflation et de la crédibilité budgétaire.  

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