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Société Générale : la décote a disparu, reste à prouver que la métamorphose est durable
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Yannick URRIEN + Mustapha GHAILANE
Longtemps traitée comme l’éternelle convalescente du secteur bancaire européen, Société Générale a retrouvé la faveur du marché. À 76,43 euros, le titre aborde toutefois une résistance décisive, après une progression qui ne laisse plus beaucoup de place aux vieilles excuses. La banque de Slawomir Krupa doit désormais démontrer qu’elle n’est pas seulement redevenue fréquentable, mais durablement rentable.
Il faut le reconnaître : la Bourse a changé d’avis sur Société Générale. Et lorsqu’elle change d’avis sur une banque, elle ne le fait jamais avec délicatesse. Pendant des années, le titre a porté tout ce que le marché déteste : une rentabilité insuffisante, des coûts trop élevés, une stratégie devenue difficile à lire, quelques accidents mémorables et cette impression persistante que la banque promettait toujours pour demain ce que ses concurrentes réalisaient déjà aujourd’hui.
Le retournement est donc spectaculaire. Le graphique ne montre plus une valeur en reconstruction, mais un titre engagé dans une tendance haussière de long terme, au point de venir buter contre la zone des 76,30 euros. À 76,43 euros le 15 juillet, Société Générale teste précisément cette ancienne frontière. Elle ne constitue pas une simple résistance graphique : elle sépare symboliquement la phase de rattrapage de celle où il faudra créer de la valeur supplémentaire.
La banque rouge et noire revient pourtant de loin. Fondée en 1864, par décret de Napoléon III, avec pour mission de favoriser le développement du commerce et de l’industrie, Société Générale appartient à cette génération d’établissements nés avec le capitalisme industriel français. Nationalisée en 1945, elle participa au financement de la reconstruction, avant d’être privatisée en 1987. Son histoire épouse ainsi, presque année après année, celle de l’économie française : les chemins de fer et l’industrie sous le Second Empire, la reconstruction, les Trente Glorieuses, la déréglementation, puis la mondialisation financière.
Le véritable changement tient moins à la croissance des revenus qu’à la discipline imposée depuis l’arrivée de Slawomir Krupa à la direction générale. Société Générale a enfin compris qu’une banque ne vaut pas par l’étendue de son empire, mais par le rendement qu’elle tire du capital confié par ses actionnaires. Les cessions, la simplification du portefeuille, la réduction des actifs trop consommateurs de fonds propres et la remise en ordre des coûts ont progressivement rendu le modèle plus lisible.
Les chiffres de 2025 ont marqué une rupture. Le produit net bancaire a atteint le niveau record de 27,3 milliards d’euros, en hausse de 6,8 % à périmètre comparable, tandis que le résultat net a bondi de 43 %, à 6 milliards d’euros. Le rendement des fonds propres tangibles, le fameux ROTE que les banquiers affectionnent tant, s’est établi à 10,2 %, contre seulement 4,2 % en 2023. Les coûts ont reculé de 2 % et le coefficient d’exploitation a été ramené à 63,6 %. Surtout, le groupe a annoncé 4,7 milliards d’euros de distributions ordinaires et extraordinaires au titre de l’exercice, dividendes et rachats d’actions compris.