Banques européennes : le vieux métier de banquier redevient une valeur de marché.
LE SIGNAL DE LA SEMAINE
Il y a quelques mois encore, le secteur bancaire européen semblait condamné à vivre dans cette demi-lumière boursière où l’on range les valeurs cycliques, réglementées, mal aimées, et toujours suspectes d’abriter quelque cadavre comptable sous le tapis. Or, voici que les banques reviennent au centre du jeu. Non par grâce soudaine des marchés, qui n’en accordent jamais, mais parce que l’environnement leur redevient favorable : des taux élevés, une rentabilité restaurée, des bilans solides, une consolidation qui s’accélère et, surtout, une capacité assez remarquable à absorber les chocs politiques et géopolitiques.
C’est, en substance, la lecture proposée par Jérôme Legras, directeur de la recherche chez Axiom AI, dans ses commentaires consacrés aux marchés actions et au crédit. Son constat est net : les banques européennes ont signé un mois de juin solide, avec un indice SX7R en hausse de 6,4 %, tandis que l’indice AT1 progressait de 0,8 %, malgré un calendrier d’émissions primaires soutenu et des spreads resserrés de 10 points de base. Autrement dit, le marché a continué d’acheter la dette bancaire subordonnée alors même que l’offre restait abondante. Cela n’est jamais anodin. Cela dit quelque chose de la confiance revenue dans la structure de capital des établissements financiers européens.
Jérôme Legras résume assez bien l’ambiance du mois : le brouillard géopolitique s’est « dissipé juste assez » pour soutenir les cours. La formule est prudente, mais elle est juste. Le Moyen-Orient a donné aux marchés une succession de secousses, entre tensions israélo-libanaises, négociations américano-iraniennes incertaines, frappes de représailles et rumeurs autour de l’île de Kharg. Puis le cessez-le-feu négocié sous égide américaine, et l’annonce d’un accord de paix presque finalisé avec l’Iran, ont suffi à provoquer un rebond des actions et des taux, avec un pétrole retombé à son plus bas depuis mars. Les marchés, qui ont parfois la mémoire courte mais le réflexe rapide, ont donc privilégié la désescalade. Restent, selon Axiom, deux risques résiduels : la question des compensations financières à l’Iran et le sort de l’uranium enrichi.
Le vrai moteur, cependant, n’est pas là. Il se trouve du côté des taux. La BCE a relevé ses taux de 25 points de base, Christine Lagarde ayant souligné, selon Jérôme Legras, que la hausse se justifiait même dans le scénario le plus modéré. La prévision d’inflation pour 2026 a été portée à 3 %. Aux États-Unis, les signaux restent contradictoires : inflation à la consommation modérée, prix à la production plus fermes, créations d’emplois robustes. Le marché, observe Axiom, commence donc à intégrer l’hypothèse d’une hausse de taux de la Fed cette année. Pour les banques, ce n’est pas un détail de conjoncture. C’est le cœur du réacteur. Des taux plus élevés soutiennent le revenu net d’intérêts, cette vieille mécanique bancaire que la décennie d’argent gratuit avait presque fait passer pour une curiosité d’Ancien Régime.
C’est là que le commentaire prend toute sa valeur pour l’investisseur averti. Jérôme Legras note que, le reporting du premier trimestre étant désormais derrière nous, le secteur a moins tenu aux résultats qu’à « la trajectoire des taux et à l’actualité M&A ». Traduction : les résultats récents rassurent, mais ce sont les perspectives de marge et les opérations de consolidation qui font aujourd’hui bouger les cours. La question du capital demeure néanmoins centrale. Axiom rappelle que les RWA à horizon 2027 restent le principal frein, dans un contexte pourtant favorable. Les banques sont redevenues rentables, mais elles ne sont pas libérées du vieux surveillant prudentiel. En Europe, le banquier gagne de l’argent, mais il le gagne sous l’œil de Bâle, de Francfort, de Bruxelles, de Londres et parfois de Rome.
Le dossier UBS illustre assez bien ce retour de la politique dans la mécanique bancaire. En Suisse, le projet de renforcement des fonds propres continue d’être assoupli au Parlement : l’idée d’une couverture à 100 % des filiales étrangères pourrait être ramenée vers 70 ou 80 %. Jérôme Legras y voit un élément positif pour l’action UBS. Sur le crédit, le signal est tout aussi favorable : la BRI et l’ABE se sont prononcées contre la suppression des AT1. Mieux encore, l’ABE considère explicitement ces instruments comme un élément à part entière du capital et privilégie une réforme plutôt qu’une disparition pure et simple. Pour les détenteurs de l’encours existant, écrit Axiom, « la tendance est sans ambiguïté favorable ». Voilà qui mérite d’être relevé. Après le traumatisme de certains épisodes bancaires récents, le marché avait besoin d’un message clair sur la dette AT1. Il vient, pour l’instant, plutôt dans le bon sens.
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