Souveraineté numérique : oubliez le drapeau, posez les bonnes questions

AVIS D’EXPERT

✍️ Par François Poulet, CEO de Yoozer.

Vos données sensibles, celles qui font tourner votre organisation au quotidien, où sont-elles stockées en ce moment ? Sous quelle juridiction ? Et qui, en dehors de vos équipes, peut légalement y accéder ? Beaucoup de DSI ne savent pas répondre avec certitude. C'est là que commence le vrai sujet. La souveraineté a longtemps été un débat d'experts, presque théorique. Elle est aujourd'hui posée sur la table des comités de direction, et pas pour des raisons idéologiques.

Quand vous confiez vos données à une solution, vous lui remettez une part de ce que votre organisation a de plus stratégique : des informations sur vos collaborateurs, vos activités, votre fonctionnement interne. C'est l'une des choses les plus sensibles que vous possédez. La confier sans savoir où elle atterrit, c'est accepter une zone d'ombre au cœur de votre sécurité. Le problème, c'est que « souverain » est devenu un argument de vente. Tout le monde l'affiche, peu peuvent le prouver. Plutôt que de vous fier au mot, posez trois questions simples. Les réponses, elles, ne mentent pas.


Où sont réellement hébergées vos données ?

C'est la question de base, et pourtant la réponse est souvent floue. Un hébergement « en Europe » n'est pas un hébergement en France. La filiale européenne d'un groupe américain reste soumise à des lois extraterritoriales comme le Cloud Act. Demandez l'emplacement physique des serveurs, le nom de l'hébergeur, et surtout : qui peut être contraint d'ouvrir l'accès à vos données, et au nom de quelle loi.


Sous quelles règles travaille l'éditeur qui conçoit la solution ?

Une solution n'est jamais neutre : elle hérite du droit du pays qui la fabrique. Un éditeur nord-américain, aussi sérieux soit-il, peut être tenu de transmettre des données à ses autorités, où qu'elles soient stockées. Un éditeur français ou européen travaille sous RGPD et bientôt sous NIS2, des cadres qui vous donnent des recours réels. Reste une question qu'on oublie souvent : qui détient l'éditeur ? Un acteur présenté comme souverain qui ouvre son capital à des investisseurs extra-européens ne joue plus tout à fait dans la même cour. Ce débat agite l'écosystème cyber français en ce moment, et il est légitime.

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