Vicat : une belle maison, mais pas encore un vrai signal d'achat.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Yannick URRIEN + Mustapha GHAILANE

Vicat, c'est l'une de ces entreprises que le marché respecte, sans toujours lui donner beaucoup d'élan. Le nom compte dans l'industrie française. La maison remonte à 1853 et porte, d'une certaine façon, l'héritage direct de Louis Vicat, l'ingénieur qui a tant compté dans l'histoire du ciment moderne. On n'est donc pas devant une société quelconque, mais devant un groupe enraciné, solide, présent dans un métier ancien, essentiel, et qui reste au cœur de la vie économique : construire des logements, des routes, des usines, des infrastructures.

Sur le fond, l'entreprise tient plutôt bien son rang, et les chiffres le confirment. Au premier trimestre 2026, le chiffre d'affaires consolidé atteint 922 millions d'euros, en progression de 8,5 % à périmètre et change constants : un vrai signal de dynamisme malgré des vents contraires sur les devises. Le groupe avance aussi sur un terrain devenu central, celui de la décarbonation. Dans le ciment, on le sait, l'enjeu n'est plus seulement de produire, mais de produire autrement. Et sur ce point, Vicat fait partie des industriels français qui veulent rester dans la course.

C'est là que le dossier devient intéressant pour l'investisseur patrimonial. À 63,9 euros, le titre se traite à un PER autour de 10, soit deux fois moins cher que la moyenne du secteur des matériaux de construction, qui évolue plutôt autour de 23-24. C'est une décote significative pour une entreprise que personne ne conteste sur le plan industriel. À cela s'ajoute un dividende de 2 euros par action, versé sans interruption depuis près de vingt ans, offrant un rendement d'environ 3,3 % au cours actuel : un vrai plancher de soutien pour qui accepte de patienter.

Le problème, pour l'investisseur, est moins l'entreprise que le titre à court terme. Après la correction brutale de février-mars, l'action a tenté de se reprendre. Le mouvement existe, il est visible, mais il manque encore de conviction et la séance du 7 juillet le rappelle durement, avec un repli de 4,48 % à 63,9 euros. Aucun élément spécifique à la société n'explique clairement cette baisse à ce stade ; elle s'apparente davantage à un accès de faiblesse technique ou sectoriel qu'à une remise en cause du dossier, mais elle illustre bien la fragilité du rebond en cours.

Les cours viennent buter sur une première résistance vers 67,80 euros. Et juste au-dessus, vers 70 euros, se trouve la borne haute du canal ascendant. Autrement dit, le titre remonte, mais il arrive déjà sur une zone où le marché risque d'hésiter. Signe de cette indécision, plusieurs analyses techniques récentes évoquent un MACD positif mais repassé sous sa ligne de signal, ce qui interrompt la dynamique en cours sans pour autant signaler un retournement franc.

À la baisse, les premiers appuis sérieux se situent autour de 59 euros puis de 58,30 euros. C'est important, car cela montre que la marge de sécurité n'est pas immense aux niveaux actuels. En clair, on ne se trouve ni sur un point d'achat évident, ni dans une dynamique haussière assez puissante pour justifier de courir après le titre, même si Oddo BHF a récemment relevé son objectif de cours de 66 à 75 euros, tout en maintenant une recommandation prudente de "neutre". Au fond, c'est toute l'ambiguïté de Vicat. La société est estimable, bien tenue, présente sur des marchés utiles, avec un vrai savoir-faire industriel, une valorisation redevenue raisonnable et un rendement solide. Mais en Bourse, cela ne suffit pas toujours. Il faut aussi un bon timing, un vrai point d'entrée, un signal net. Pour l'instant, ce signal n'est pas là.

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