Des pièces de puzzle qui s'emboitent

Inflation : le net ralentissement français conforte le scénario d'une BCE plus prudente

ANALYSE

✍️ Par Yannick URRIEN

L’inflation française a nettement ralenti en juin, surprenant favorablement les économistes. Selon l’estimation provisoire publiée par l’Insee, les prix à la consommation ont progressé de 1,8 % sur un an, contre 2,4 % en mai. L’indice harmonisé IPCH, davantage suivi au niveau européen, est revenu à 2,0 %, après 2,8 % le mois précédent. Ce reflux s’explique d’abord par l’énergie. Sa contribution reste élevée, mais elle s’atténue : les prix de l’énergie augmentent encore de 11,2 % sur un an, contre 16,6 % en mai. Le ralentissement concerne aussi les services, dont la hausse revient de 2,1 % à 1,8 %, ainsi que l’alimentation, en progression de 0,9 % après 1,1 %. Les produits manufacturés reculent de 0,9 %, un mouvement accentué par le calendrier des soldes d’été, ouvertes en juin cette année.

Dans une note publiée par ING, Charlotte de Montpellier, senior economist en charge de la France et de la Suisse, estime que ces chiffres sont inférieurs aux attentes et envoie un signal plutôt accommodant pour la Banque centrale européenne. L’économiste souligne que les tensions dans les services et l’alimentation se révèlent moins fortes que prévu, ce qui limite le risque d’une boucle prix-salaires en France. La baisse de juin ne doit toutefois pas être extrapolée trop vite. Une partie du mouvement est liée à des facteurs ponctuels, notamment les soldes. ING anticipe une remontée modérée de l’inflation au second semestre, portée par certains services, les télécommunications, les transports et la diffusion retardée des coûts énergétiques vers l’alimentation. Mais cette reprise devrait rester contenue, dans un contexte de demande intérieure faible et de confiance des ménages encore fragile.

Pour les marchés, l’information est importante. La France apparaît aujourd’hui moins exposée que certains voisins européens à une reprise durable des prix. Selon Charlotte de Montpellier, l’inflation française pourrait rester en moyenne entre 2 % et 2,5 % en 2026, après 0,9 % en 2025, tout en demeurant inférieure à celle de la zone euro. Ce scénario donne à la BCE davantage de marge pour conserver une approche prudente sur ses taux, même si la trajectoire dépendra des prochains chiffres européens.

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