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Immobilier ancien : la reprise du marché marque une pause, sans basculer dans la crise
LA VIE DE L’IMMOBILIER
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Yann Jéhanno, président de Laforêt : « Ce qui s’est fissuré, c’est la confiance »
Après une année 2025 qui avait laissé espérer un redémarrage progressif de l’immobilier ancien, le premier semestre 2026 vient rappeler que la reprise reste fragile. Dans son billet de conjoncture, Laforêt décrit un marché « rattrapé par le doute », marqué par un net changement d’ambiance au deuxième trimestre. La dynamique observée en début d’année ne s’est pas effondrée, mais elle s’est enrayée.
Yann Jéhanno, président de Laforêt, résume ce moment avec prudence : « Le deuxième trimestre 2026 a marqué une cassure. Pas une crise du logement de plus – nous la traversons depuis trop longtemps pour les confondre – mais une interruption nette d’une dynamique qui se reconstituait depuis 18 mois. » Autrement dit, le marché ne se bloque pas, mais il perd l’élan qu’il avait commencé à retrouver. Les chiffres confirment cette inflexion. Au niveau national, la demande recule de 3 % sur un an au premier semestre. Les transactions diminuent de 2,3 %, les prix baissent en moyenne de 1,8 %, tandis que l’offre progresse de 8 %. Ce décalage entre une offre qui se reconstitue et une demande plus prudente change progressivement le rapport de force. Les acheteurs disposent de davantage de choix, mais ils prennent aussi plus de temps pour se décider.
Pour Laforêt, la situation ne traduit pas un abandon massif des projets immobiliers. Les ménages déjà engagés dans un achat poursuivent généralement leur démarche. En revanche, ceux qui n’ont pas d’urgence préfèrent reporter leur décision. Hausse du coût de la vie, incertitudes économiques, tensions internationales, prix de l’énergie et légère remontée des taux d’intérêt pèsent sur les arbitrages. Les taux sont passés de 3,09 % à 3,25 % en un an, selon l’Observatoire CSA/Crédit Logement cité par Laforêt.
Yann Jéhanno insiste sur cette distinction essentielle : « Les chiffres de ce semestre montrent que la reprise n’est pas remise en cause. L’offre continue de progresser, les vendeurs restent présents et les projets immobiliers engagés se concrétisent. En revanche, les nouveaux projets sont plus souvent différés que lancés. » C’est toute la nuance du moment : l’immobilier ancien fonctionne encore, mais il avance plus lentement. Cette prudence touche particulièrement les maisons. La demande pour ce type de bien recule de 4,7 %, alors que celle pour les appartements reste quasiment stable, à +0,6 %. Le coût global d’une maison - chauffage, travaux, entretien, mobilité, rénovation énergétique - devient un critère de plus en plus déterminant. Les acquéreurs ne regardent plus seulement le prix d’achat, mais le coût complet de détention du logement.
Les prix poursuivent leur ajustement. Le prix moyen national s’établit à 3 294 euros le mètre carré, en baisse de 1,8 % sur un an. Paris résiste mieux, avec un recul limité de 0,5 %, à 9 559 euros le mètre carré. L’Île-de-France hors Paris baisse plus nettement, de 3,2 %, tandis que les régions restent globalement stables, à 2 489 euros le mètre carré. Laforêt souligne toutefois que les écarts entre villes restent importants : Brest, Biarritz, Lille, Marseille ou Nice progressent encore, tandis que Lyon, Strasbourg et Bordeaux poursuivent leur correction.