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AB Science : la science promet, le marché réclame encore des preuves.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Yannick URRIEN + Mustapha GHAILANE
AB Science appartient à cette catégorie particulière des biotechs françaises où la Bourse ne valorise pas un compte de résultat classique, mais une succession d’options cliniques. Ici, le chiffre d’affaires pèse peu, le PER n’a pas de signification, et l’investisseur ne juge pas une marge opérationnelle comme il le ferait pour L’Oréal ou Air Liquide. Il achète, ou refuse d’acheter, une probabilité : celle qu’une molécule transforme un jour des années de recherche en actif thérapeutique et commercial.
Fondée en 2001, cotée à Paris depuis 2010, AB Science s’est construite autour d’une idée scientifique forte : développer des inhibiteurs de tyrosine kinases dans des maladies où les besoins médicaux restent considérables. Sa molécule emblématique, le masitinib, vise notamment les mastocytes, les macrophages et la microglie, ces cellules de l’immunité dont le rôle dans certaines maladies inflammatoires, neurologiques ou cancéreuses a longtemps été sous-estimé. L’autre actif important est AB8939, développé dans la leucémie aiguë myéloïde. Sur le papier, l’histoire est donc riche, presque romanesque : une petite société française qui tente de se faire une place dans le grand théâtre mondial de la recherche médicale.
Mais la Bourse, elle, n’aime pas seulement les romans. Elle aime les chapitres conclus. Or AB Science reste une valeur de promesses, avec tout ce que cela suppose d’espérance, d’attente et de volatilité. Les dernières publications montrent un recentrage très net des moyens : priorité à la phase III du masitinib dans la sclérose latérale amyotrophique, la maladie de Charcot, et à la phase I d’AB8939 dans la leucémie aiguë myéloïde. C’est un choix de discipline. La société ne peut pas courir tous les lièvres scientifiques à la fois. Elle concentre donc ses ressources sur les programmes jugés les plus stratégiques.
Sur le plan clinique, l’enjeu principal demeure la SLA. Le programme confirmatoire AB23005 doit inclure environ 408 patients, avec un dessin d’étude validé autour d’une population sélectionnée de malades. AB Science met en avant des données antérieures encourageantes, notamment une amélioration de la survie médiane dans certains sous-groupes, ainsi qu’un biomarqueur plasmatique potentiel permettant de mieux suivre l’activité du masitinib. C’est important, car dans une maladie aussi complexe que la SLA, la sélection des patients et la qualité du critère d’évaluation peuvent faire toute la différence entre un signal scientifique et un succès réglementaire.
Il faut néanmoins garder la tête froide. L’histoire des biotechs est remplie de molécules prometteuses qui ont échoué au moment de la confirmation. C’est la dure loi de ce secteur. Une phase III n’est pas une formalité administrative ; c’est l’épreuve de vérité. Le marché le sait. Il a appris, souvent à ses dépens, qu’un brevet, un biomarqueur ou une publication ne suffisent pas toujours à créer de la valeur actionnariale durable. Il faut un essai positif, robuste, exploitable par les autorités de santé, puis un partenaire, un financement, une stratégie commerciale et du temps.
Les comptes 2025 traduisent cette réalité. AB Science a publié un chiffre d’affaires limité, issu de la commercialisation d’un médicament vétérinaire, à 1,174 million d’euros. La perte nette a été réduite à 1,557 million d’euros, contre 7,831 millions un an plus tôt, mais cette amélioration doit être lue avec prudence, car elle intègre des effets non récurrents et une forte maîtrise des coûts. La trésorerie s’établissait à 10,2 millions d’euros fin 2025, renforcée ensuite par une augmentation de capital de 3,2 millions d’euros en avril 2026. La société a également renégocié ses échéances de dette avec ses créanciers. Ce sont des éléments rassurants à court terme, mais ils ne changent pas la nature de l’équation : AB Science devra encore financer sa recherche, ses essais et son organisation clinique.