Les intelligences artificielles ne récompensent pas seulement les sites puissants, mais surtout les marques capables de produire du contenu utile.

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Michael Padilla : « Une domination sur Google ne garantit pas la visibilité dans ChatGPT.»

C’est peut-être l’un des grands basculements du marketing digital. Pendant vingt ans, les entreprises ont appris à se battre pour remonter dans Google. Elles ont travaillé leurs mots-clés, leurs liens entrants, leur autorité de domaine, leurs pages produits, leurs fiches pratiques. Mais voici que les usages changent. De plus en plus d’internautes ne tapent plus simplement une requête dans un moteur de recherche. Ils interrogent ChatGPT, Perplexity, Copilot ou Gemini, comme on demanderait un conseil à un expert. Michael Padilla, spécialiste du marketing online chez Seeders, résume ainsi le nouvel enjeu : « Être bien positionné sur Google garantit-il une visibilité sur ChatGPT ? » C’est la question de départ de cette étude européenne consacrée à 147 licornes, ces entreprises valorisées à plus d’un milliard de dollars, réparties dans 12 marchés. La réponse est plus subtile qu’on pourrait le croire. Oui, le SEO reste essentiel. Non, il ne suffit plus.

L’étude montre d’abord un enseignement majeur : ce n’est pas seulement l’autorité d’un site qui détermine sa présence dans les réponses de l’intelligence artificielle. Le facteur le plus décisif est le nombre de mots-clés sur lesquels l’entreprise est positionnée. Autrement dit, plus une marque occupe de terrain sémantique dans Google, plus elle a de chances d’être reprise, citée ou recommandée par les IA conversationnelles. C’est ici que le cas ManoMano devient spectaculaire. La marketplace française spécialisée dans le bricolage et le jardinage apparaît comme l’un des meilleurs exemples d’alignement entre le SEO traditionnel et les nouveaux moteurs génératifs. ManoMano est associée à environ 225 000 mots-clés organiques et totalise 10 000 citations IA. Pour une entreprise, ce n’est plus seulement de la visibilité : c’est une forme de présence dans la mémoire active des machines.

Pourquoi ManoMano réussit-elle là où d’autres peinent encore ? Parce que son site ne se limite pas à vendre des produits. Il explique. Il conseille. Il accompagne. Ses guides d’achat, ses tutoriels, ses comparatifs, ses contenus pratiques autour du bricolage et du jardinage constituent exactement la matière que les IA aiment exploiter : des textes structurés, utiles, pédagogiques, faciles à reformuler et à citer dans une réponse. La leçon est importante pour toutes les entreprises. Une fiche produit froide, une page de réservation ou une page purement transactionnelle peuvent très bien fonctionner sur Google. Mais elles intéressent beaucoup moins les grands modèles de langage. Ceux-ci ont besoin de contenu explicatif, de contexte, d’informations hiérarchisées. En clair, les IA ne veulent pas seulement savoir qu’une marque existe. Elles doivent comprendre ce qu’elle apporte.

C’est tout le paradoxe Doctolib. La plateforme française de prise de rendez-vous médicaux dispose d’une puissance numérique considérable. Elle bénéficie d’un trafic très élevé et d’une forte autorité de domaine. Pourtant, selon l’étude, elle ne totalise que 163 citations IA. L’explication est presque limpide : Doctolib répond à un usage fonctionnel. On y va pour réserver un médecin, pas pour lire un dossier approfondi sur un sujet de santé. Son trafic est immense, mais il n’est pas forcément nourrissant pour les intelligences artificielles. Michael Padilla et Seeders mettent ainsi en évidence une distinction décisive entre deux mondes. Google reste le roi de la requête immédiate, locale, utilitaire ou transactionnelle. Pour chercher un médecin, réserver un service, trouver une adresse ou acheter un produit précis, le moteur classique conserve une force considérable. En revanche, pour demander un conseil, comparer des solutions, comprendre un secteur ou obtenir une recommandation argumentée, les IA conversationnelles prennent une place nouvelle.

La France présente d’ailleurs une particularité. L’étude souligne que Google AI Overview n’y est pas disponible dans les mêmes conditions que dans d’autres pays européens. Résultat : ChatGPT concentre une part importante des citations observées, devant Copilot et Perplexity. Cela signifie que, pour les marques françaises, la visibilité dans ChatGPT devient déjà un sujet stratégique, et non plus une simple curiosité technologique. Ce changement ne signe pas la mort du SEO. Il oblige plutôt à le prolonger. Le référencement naturel classique permet de bâtir une base. Mais la visibilité dans les IA, parfois appelée GEO pour Generative Engine Optimization, demande autre chose : produire des contenus qui répondent vraiment aux questions des internautes, avec de l’expertise, de la précision, des exemples, des explications et une structure claire.

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