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France : l'économie s'approche dangereusement de la ligne rouge.
ANALYSE
✍️ Par Yannick URRIEN
La conjoncture française se dégrade plus nettement qu’attendu. Dans une analyse publiée par ING France, Charlotte de Montpellier, experte macroéconomique, estime que le risque de récession technique devient désormais très élevé, sur fond de reprise de l’inflation, de consommation affaiblie et de finances publiques sous contrainte. Le premier signal vient des prix. L’inflation a atteint 2,4 % en mai, après 2,2 % en avril et 1,7 % en mars. Cette remontée provient surtout de l’énergie, dont les prix progressent de 16,8 % sur un an. Les services accélèrent légèrement, à 2 %, tandis que l’alimentation reste relativement contenue, à 1,2 %. Les produits manufacturés demeurent, eux, en baisse de 0,6 % sur un an. Selon ING France, la flambée inflationniste comparable à celle de 2022 paraît peu probable, car la demande intérieure reste trop faible pour alimenter une spirale durable.
L’indice harmonisé, scruté par la Banque centrale européenne, ressort à 2,8 %. Pour Charlotte de Montpellier, ce niveau ne devrait pas empêcher la BCE de relever ses taux lors de sa réunion de juin. C’est là toute la difficulté : la France fait face à une inflation qui repart, mais sans véritable dynamisme économique. En d’autres termes, le pays risque de subir à la fois des prix plus élevés et une activité moins vigoureuse. Les derniers chiffres de l’Insee renforcent ce diagnostic. La croissance du PIB au premier trimestre a été révisée à -0,1 %, contre une estimation initiale de stabilité. Sur la période, le pouvoir d’achat des ménages a reculé, le taux d’épargne a augmenté et la consommation a diminué. En avril, la consommation de biens s’est contractée de 0,5 %, après un rebond de 0,9 % en mars. La confiance des ménages, elle, est tombée en mai à son plus bas niveau depuis mars 2023.
ING France considère donc qu’une contraction du PIB au deuxième trimestre est probable. Deux trimestres consécutifs de recul placeraient la France en récession technique. Dans ces conditions, l’objectif gouvernemental de 0,9 % de croissance en 2026 semble hors d’atteinte. Charlotte de Montpellier juge qu’une progression moyenne de 0,6 % du PIB serait désormais le meilleur scénario possible. Le problème est d’autant plus délicat que les marges budgétaires sont quasi inexistantes. Le gouvernement vise un déficit ramené à 5 % cette année, tandis que la Commission européenne anticipe encore 5,1 % en 2026 et 5,7 % en 2027, avec une dette qui pourrait atteindre 120 % du PIB en 2027. À l’approche de la présidentielle et dans un contexte politique sans majorité solide, la soutenabilité des finances publiques devrait rester l’une des grandes inquiétudes des prochains mois.