Rémy Cointreau : le cognac sort enfin de sa torpeur boursière.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Yannick URRIEN + Mustapha GHAILANE

Rémy Cointreau, fondé sur des marques anciennes, des savoir-faire lents et une géographie du goût où l'on croise Cognac, liqueurs et spiritueux premium, incarne une certaine idée du luxe liquide à la française. Rémy Martin, Cointreau, Mount Gay, Bruichladdich ou encore The Botanist ne relèvent pas du simple portefeuille de marques : ce sont des actifs culturels autant qu'économiques, construits sur la rareté, le temps long et la désirabilité. Or c'est précisément ce temps long qui avait fini par lasser le marché.

Après plusieurs trimestres difficiles, marqués par le ralentissement américain, les ajustements de stocks et les tensions commerciales, le titre s'était enfermé dans un large canal baissier. Le graphique Heikin-Ashi montre aujourd'hui un changement de ton. Rémy Cointreau vient de déborder la ligne de résistance de son canal baissier majeur, autour de 41,70 euros, puis sa moyenne mobile à 200 jours vers 42,20 euros. Ce double franchissement confirme un signal de retournement haussier d'importance — et le MACD repassé en territoire positif à 0,3745 valide ce retournement sur le plan du momentum : c'est la première fois depuis plusieurs mois que les deux signaux convergent simultanément dans le même sens. Les prochains objectifs techniques se situent vers 46,70 euros, puis 50,55 euros. En sens inverse, les premiers soutiens se trouvent à 42 euros, puis à 37,30 euros.

Cette amélioration graphique s'appuie sur des fondamentaux moins dégradés qu'on ne l'a parfois dit. Le groupe a publié début juin des résultats annuels 2025-2026 conformes à ses objectifs, avec un chiffre d'affaires de 935,3 millions d'euros, en légère progression organique de 0,2 %. Le résultat opérationnel courant ressort à 165,4 millions d'euros, soit une marge de 17,7 %, en baisse sous l'effet d'une pression sur la marge brute, de coûts de production moins favorables et de droits de douane additionnels. Mais le free cash-flow s'est redressé à 53,8 millions d'euros, contre un niveau bien plus faible l'an passé, ce qui n'est jamais anodin dans une maison de spiritueux où la gestion des stocks et du besoin en fonds de roulement dit souvent beaucoup de la santé réelle du cycle.

La valorisation plaide désormais pour le dossier. À 44 euros pour un BPA attendu autour de 2,50-3 euros dans un scénario de normalisation 2026-2027, Rémy Cointreau se traite à environ 15-18 fois ses bénéfices, historiquement bas pour une maison de spiritueux premium qui se traitait à 40-50 fois à son pic. Le dividende, maintenu à 1,88 euro par action malgré les difficultés, offre un rendement de 4,3 % au cours actuel — l'un des plus généreux du secteur, et un plancher de soutien naturel pour les actionnaires patients qui attendent la normalisation du cycle.

Le plus important est sans doute ailleurs : la direction vise pour 2026-2027 un retour à la croissance organique du chiffre d'affaires, avec une légère amélioration organique de la marge opérationnelle. Le plan de transformation RC Forward doit générer 100 millions d'euros en trois ans. Le marché commence donc à regarder au-delà du trou d'air conjoncturel. Dans les spiritueux haut de gamme, la valeur d'un groupe ne se mesure pas seulement au trimestre ; elle se juge aussi à sa capacité à préserver ses marques, son pricing power et sa discipline commerciale quand le cycle se retourne. Sur ce point, Rémy Cointreau conserve de solides arguments.

Notre avis : conserver, avec un biais acheteur. Le titre est techniquement à l'achat aux niveaux actuels et en dessous pour les investisseurs patients. À 15-18 fois des bénéfices déprimés, avec 4,3 % de rendement et un MACD qui confirme le retournement, le couple risque/rendement est devenu attractif. Tant que la zone des 42 euros tient, le scénario d'un retour vers 46,70 puis 50,55 euros reste crédible. Rémy Cointreau n'est pas encore revenu à ses plus belles années boursières, mais il redonne enfin au marché une chose essentielle : le sentiment que le pire est peut-être passé.

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