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Inflation : la poussée énergétique inquiète, mais le choc reste contenu.
ANALYSE
✍️ Par Yannick URRIEN
L’inflation française poursuit sa remontée. Selon l’analyse de Sylvain Bersinger, économiste et fondateur du cabinet Bersingéco, rédigée après la publication de l’Insee du 29 mai 2026, les prix à la consommation progressent de 2,4 % sur un an en mai, après 2,2 % en avril. Le mouvement est net : en février, avant les tensions liées à la guerre au Moyen-Orient, l’inflation n’était encore que de 1 %.
La cause principale est bien identifiée. C’est l’énergie qui tire l’indice vers le haut, sous l’effet du renchérissement du pétrole provoqué par le blocage du détroit d’Ormuz. Le prix du Brent s’est stabilisé autour de 100 dollars le baril, et l’inflation énergétique atteint 16,8 % en mai, contre 14,3 % en avril. Pour les ménages comme pour les entreprises, c’est évidemment le signal le plus sensible, car l’énergie se retrouve dans les carburants, les transports, les coûts de production et, à terme, dans une partie des prix de vente.
Mais l’élément rassurant, dans cette note, tient à la faible diffusion du choc au reste de l’économie. L’inflation alimentaire reste limitée à 1,2 %. Les produits manufacturés continuent même de reculer, avec une baisse de 0,6 %. Quant aux services, ils progressent de 2 %, un rythme encore contenu. Autrement dit, nous ne sommes pas, à ce stade, dans une spirale généralisée des prix.
Sylvain Bersinger invite aussi à remettre cette poussée en perspective historique. Le choc actuel n’a pas l’ampleur des années 1970, lorsque le prix du pétrole, corrigé de l’inflation, avait été multiplié par cinq entre 1973 et 1979. À l’époque, la France dépendait beaucoup plus fortement du pétrole, et l’inflation avait dépassé 10 %. Le parallèle avec 2022 doit également être manié avec prudence. Cette année-là, l’Europe avait subi un choc gazier massif, avec un prix du gaz multiplié par dix, auquel s’ajoutaient la hausse de l’électricité, le pétrole cher et la flambée des céréales provoquée par la guerre en Ukraine.
La situation de 2026 est donc sérieuse, mais elle reste, selon ce scénario, d’une ampleur plus limitée. Tout dépendra désormais de la durée des tensions au Moyen-Orient et de la capacité du pétrole à se maintenir, ou non, sur des niveaux élevés. Pour l’instant, le diagnostic est clair : l’inflation remonte, mais elle ne dérape pas.