⟵ Retour
Sartre ou Aron ?
ANALYSE GRAPHIQUE
✍️ Par Mustapha GHAILANE
Les marchés financiers restent fondamentalement déconnectés de la réalité. Plus précisément, ils sont dominés par la spéculation et celle-ci pense qu’elle aura tout le temps de sortir du marché lorsque la récession que tout le monde attend sera effective. Autrement dit, les investisseurs dans leur globalité n’anticipent plus le futur. Ils se contentent d’acheter le présent. Ajoutons à cela, la peur de rater l’eldorado promis de l’Intelligence artificielle et on est complètement dans le marché actuel. Le vieux dicton « il vaut mieux avoir tort ensemble que raison tout seul » résume parfaitement la situation actuelle et le comportement dominant des analystes et des investisseurs.
Même dans les domaines politiques et médiatiques, dans les discours des uns et des autres, on retrouve trop souvent l’équivalent avec le fil conducteur du «Mieux vaut avoir tort avec Sartre que raison avec Aron. ». Aujourd’hui, ce qui frappe le plus, c’est la connexion nouvelle entre le monde politico-médiatique et la Bourse, ou plus précisément la collusion entre les deux. Quand un Président de la trempe de Trump (et ce n’est pas un jeu de mots) garde un œil rivé sur les cours de Bourse et du pétrole pendant qu’il prend de lourdes décisions susceptibles d’entraîner l’humanité dans un cycle de non retour, il y a de quoi s’inquiéter. Qui influence l’autre quand les biens personnels sont fortement en jeu ? Pour l’investisseur particulier lambda que nous sommes, le piège parfait serait de rentrer dans ce jeu-là au plus mauvais moment, c’est-à-dire exactement maintenant.
Ce n’est pas parce que les marchés continuent de monter en validant a posteriori le raisonnement euphorique dominant, qu’il faille s’embarquer avec eux. Pourtant, le marché nous a donné du temps, beaucoup de temps pour se mettre à l’abri en attendant le passage du temps exécrable qui va, à coup sûr, secouer très fortement la planète financière. Tous les feux sont désormais au rouge vif, que faut-il de plus pour plier bagages ? Même si ce n’est pas la fin du monde pour autant, croyez-moi, il vaut mieux mettre dès aujourd’hui, si ce n’est déjà fait, une grande partie de nos investissements à l’abri en réalisant un maximum de liquidités disponibles. Ce qui rend la décision difficile, c’est de voir les marchés refuser de corriger avec une spéculation qui vous dit « il faut acheter au son du canon ! ».
Le dicton n’est valable que si les marchés ont auparavant très fortement corrigé et cela n’est pas du tout le cas actuellement. Sur le plan technique, l’indice Cac 40 n’a pas réussi à suivre les indices américains car il n’en a tout simplement pas la force (analyses précédentes). C’est un signal supplémentaire de la fragilisation de la Bourse de Paris. Les cours ont malgré tout réussi à revenir pas très loin de la zone des records historiques, offrant des conditions de vente extraordinairement favorables dans la plupart des cas. Cette zone semble agir comme un niveau de « distribution » dans laquelle les très gros intervenants distillent leurs ordres de vente discrètement pour ne pas affoler la grande communauté des investisseurs.
A présent, il devient fortement probable que l’indice parisien revienne tester son niveau symbolique très important de 8.000 points. Ce n’est qu’une fois ce niveau cassé, que la baisse serait susceptible de s’accélérer sous le poids des nombreux vendeurs surpris par la tournure des choses, aggravée et accélérée dans la foulée par la liquidation des positions d’achat à crédit devenues rapidement insoutenables.