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Michelin : le vieux Bibendum retrouve de l'adhérence.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Yannick URRIEN + Mustapha GHAILANE
Il y a des valeurs qui ne se jugent pas seulement à la dernière variation de Bourse. Michelin appartient à cette catégorie rare des entreprises françaises qui ont traversé les régimes, les crises, les guerres industrielles, les chocs pétroliers, la mondialisation, puis la grande désillusion de l'automobile européenne. Le Bibendum, né à la fin du XIXe siècle, reste l'une des marques françaises les plus connues au monde.
Mais en Bourse, la mémoire ne suffit jamais : il faut encore prouver que l'on sait transformer une grande histoire industrielle en génération de cash, en marges défendables et en visibilité.
C'est précisément ce qui rend le dossier intéressant aujourd'hui. Michelin n'est plus seulement un fabricant de pneumatiques pour voitures particulières. Le groupe de Clermont-Ferrand s'est peu à peu déplacé vers les pneus de spécialité, les mines, l'aéronautique, les matériaux de haute technologie, les services et les composites.
Cette évolution est essentielle : elle permet de réduire la dépendance au cycle automobile pur, où les volumes restent fragiles et où la concurrence asiatique pèse sur les prix. En 2025, le groupe a réalisé 26 milliards d'euros de chiffre d'affaires, en baisse de 4,4 % à changes courants, mais il a conservé une rentabilité opérationnelle de segment de 10,5 % et dégagé 2,1 milliards d'euros de free cash-flow avant acquisitions. C'est moins flamboyant qu'en 2024, mais solide pour un industriel confronté à des volumes faibles et à un euro défavorable.
La valorisation plaide clairement pour le dossier. À 31,85 euros pour un BPA attendu autour de 2,80-3 euros en 2026, Michelin se traite à environ 11-12 fois ses bénéfices — historiquement bas pour un groupe de cette qualité et de cette profondeur industrielle. Le dividende, autour de 1,25 euro par action, offre un rendement proche de 4 % au cours actuel — l'un des plus généreux des valeurs industrielles du CAC, et un plancher de soutien naturel pour les investisseurs patrimoniaux. On est payé pour attendre.
Le premier trimestre 2026 a confirmé cette impression d'un groupe sous pression, mais bien tenu. Les ventes se sont établies à 6,2 milliards d'euros, en recul de 5,4 % en données publiées, tout en restant stables hors effets de change. Autrement dit, le marché n'a pas applaudi une croissance spectaculaire, mais il a retrouvé un peu de visibilité : Michelin a maintenu ses objectifs 2026 dans un environnement que la direction qualifie elle-même de très incertain.