Ces propriétaires qui voudraient vendre leur maison trop grande, mais ne savent pas où aller.

LA VIE DE L’IMMOBILIER

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

François-Xavier Duny : « Le marché ne manque pas de vendeurs. Il manque de trajectoires »

Beaucoup de propriétaires seraient prêts à vendre. Leur maison est devenue trop grande, les enfants sont partis, certaines pièces ne servent plus, les charges pèsent davantage. Et pourtant, ils restent. Non par refus de bouger, mais parce que la suite n’est pas claire. Une enquête menée en mai 2026 par Notariat Services auprès de 1 990 propriétaires utilisateurs d’Immonot.com met des chiffres sur ce phénomène. Elle montre qu’une partie importante du parc résidentiel français est aujourd’hui occupée par des ménages dont le logement ne correspond plus vraiment à la vie actuelle. C’est une réalité démographique, patrimoniale et sociale. Elle dit beaucoup du vieillissement de la population, mais aussi du blocage du marché immobilier.

Selon cette enquête, 45 % des répondants estiment que leur logement n’est plus adapté à leur situation. Parmi eux, 80 % ont plus de 60 ans et 85 % vivent seuls ou en couple, sans enfant au foyer. Le schéma est bien connu : la maison familiale a été achetée ou construite pour accueillir les enfants. Mais les enfants sont partis. La maison, elle, est restée. Elle n’a pas changé. Ce sont les vies qui se sont dépouillées autour d’elle, comme le résume très bien l’infographie de Notariat Services.

Le chiffre est frappant : 90 % des propriétaires concernés ont au moins une pièce inutilisée. Et 41 % en comptent trois ou plus. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement d’un léger décalage entre le logement et les besoins. Dans beaucoup de cas, la maison est devenue objectivement trop grande, trop coûteuse, trop difficile à entretenir ou tout simplement moins adaptée à l’âge et au mode de vie. Les raisons de ce basculement sont très concrètes. Le premier déclencheur est le départ des enfants, cité par 39 % des répondants. Vient ensuite le coût devenu trop lourd, avec l’énergie, les taxes et l’entretien, cité par 36 %. Les problèmes de santé ou de mobilité arrivent ensuite, à 25 %. On voit bien ici que l’immobilier n’est jamais seulement une affaire de mètres carrés. C’est une affaire de cycle de vie.

François-Xavier Duny, président de Notariat Services, résume le sujet d’une formule simple : « Ce n’est pas la volonté qui manque. C’est l’aiguillage. » Cette phrase est importante. Elle signifie que ces propriétaires ne sont pas forcément attachés à l’idée de rester coûte que coûte dans leur maison. Beaucoup ont déjà envisagé le départ. Mais ils ne savent pas comment organiser la transition. L’enquête le confirme. 90 % des propriétaires concernés ont déjà pensé à changer de logement. 51 % se voient vendre leur bien d’ici dix ans. 48 % considèrent qu’un logement plus petit serait la solution la plus réaliste. Dans un marché normal, ces chiffres devraient alimenter une offre de biens familiaux, souvent recherchés par des ménages plus jeunes. Mais la mécanique ne se déclenche pas.

Pourquoi ? Parce que le principal frein n’est pas forcément sentimental. Il est d’abord pratique et structurel. 55 % des propriétaires interrogés disent être bloqués par la difficulté de trouver mieux ailleurs. Ils aimeraient vendre, mais pour acheter quoi ? Où ? À quel prix ? Dans quel environnement ? Beaucoup souhaitent rester dans leur secteur, près de leurs habitudes, de leurs commerces, de leurs médecins, de leurs relations. Or l’offre de logements plus petits, accessibles, bien situés et adaptés à l’avancée en âge demeure insuffisante dans de nombreux territoires. C’est là que se situe le vrai blocage. Le marché immobilier ne manque pas toujours de vendeurs potentiels. Il manque souvent de solutions de remplacement. Le propriétaire âgé qui vit dans une maison trop grande ne veut pas nécessairement quitter sa commune, perdre ses repères ou emménager dans un logement qui lui paraît moins agréable. Il ne cherche pas seulement moins de surface. Il cherche une solution acceptable pour la suite de sa vie.

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