L'analyse d'ING France met en lumière un net refroidissement de l'activité, au moment où la croissance devient déjà un sujet budgétaire et politique.
LE SIGNAL DE LA SEMAINE
Charlotte de Montpellier : « Les PMI font craindre une contraction de l’économie française au 2e trimestre »
Il y a des indicateurs que l’on regarde parfois avec prudence, parce qu’ils ne disent pas toujours toute la vérité d’une économie. Les PMI font partie de ceux-là. Ils mesurent le sentiment et l’activité déclarée par les entreprises, mais ils ne restituent pas toujours, avec la même finesse que les enquêtes de l’Insee, le poids réel de chaque secteur dans l’économie française.
Charlotte de Montpellier, experte macroéconomique chez ING France, le rappelle d’ailleurs d’emblée : « Les indicateurs PMI ne sont pas toujours de très bons indicateurs prévisionnels pour l’économie française, les enquêtes de l’Insee offrant une image plus représentative. » Mais elle ajoute aussitôt que le signal de mai est trop fort pour être écarté. Ce signal est effectivement très mauvais. En mai, l’indice PMI composite français tombe à 43,5, contre 47,6 le mois précédent. C’est son plus bas niveau depuis 5 ans et demi. Pour bien comprendre l’alerte, il faut rappeler qu’un indice inférieur à 50 traduit une contraction de l’activité. Or, non seulement l’économie française reste sous ce seuil, mais elle s’en éloigne nettement. Ce n’est donc plus seulement une phase de mollesse. C’est un vrai décrochage dans les enquêtes auprès des entreprises.
Le point le plus préoccupant vient des services. Leur indice tombe à 42,9, contre 46,5 en avril. C’est essentiel, car la France est d’abord une économie de services. Quand l’industrie faiblit, le pays peut parfois tenir par la consommation, le tourisme, les services aux entreprises, la santé, les loisirs ou l’activité administrative. Mais lorsque les services décrochent eux aussi, le diagnostic devient beaucoup plus sérieux. Charlotte de Montpellier parle d’un signal « suffisamment fort pour qu’on doive le considérer ». C’est une manière prudente, mais claire, de dire que le risque de contraction du PIB est désormais réel.
L’industrie, qui avait donné quelques signes d’amélioration ces derniers mois, déçoit également. L’indice PMI manufacturier retombe à 48,9, contre 52,8 en avril. Le rebond observé récemment apparaît donc fragile. Il avait été soutenu en partie par des effets de stocks, c’est-à-dire par des entreprises qui reconstituent leurs inventaires, parfois par précaution, parfois en anticipation de tensions d’approvisionnement. Mais un rebond de stocks ne fait pas une reprise durable. Il peut donner l’illusion d’un mieux pendant quelques semaines, puis disparaître si la demande finale ne suit pas. C’est précisément le cœur du problème français : la demande intérieure reste faible. Charlotte de Montpellier souligne que les entreprises interrogées, dans les services comme dans l’industrie, font face à une baisse de l’activité. Elles l’expliquent notamment par la hausse des prix de l’énergie liée à la guerre en Iran. Dans une économie déjà sensible aux coûts, un nouveau choc énergétique agit comme une taxe supplémentaire. Il pèse sur les marges des entreprises, sur le pouvoir d’achat des ménages et sur la confiance générale.
Le retour des pressions inflationnistes complique encore la situation. Les entreprises signalent de fortes hausses de coûts et, dans une moindre mesure, des augmentations de prix. Ce point est important. Lorsque les coûts montent mais que les prix de vente ne suivent pas complètement, les marges se compriment. Lorsque les prix de vente suivent, c’est le consommateur qui encaisse le choc. Dans les deux cas, l’économie ralentit. C’est l’un des vieux dilemmes de la macroéconomie : l’inflation n’est jamais seulement une question de prix, elle devient rapidement une question de croissance. ING en tire une conclusion nette : « Ces données sont très mauvaises et font craindre une contraction de l’activité française au deuxième trimestre, après la stagnation observée au premier trimestre. » La formule mérite d’être prise au sérieux. La France n’était déjà pas sur une dynamique vigoureuse. Au 1er trimestre, l’activité avait stagné. La consommation des ménages avait légèrement reculé, de 0,1%. L’investissement avait lui aussi baissé, de 0,4%. Autrement dit, les deux moteurs internes de l’économie étaient déjà en panne ou presque. La consommation est le premier sujet d’inquiétude. Dans un pays où elle joue traditionnellement un rôle d’amortisseur, sa faiblesse change la lecture du cycle. Charlotte de Montpellier estime que la baisse de la demande dans les services « pointe vers une nouvelle contraction de la consommation à venir ». C’est logique. Si les ménages réduisent leurs dépenses de services, cela signifie qu’ils arbitrent davantage, qu’ils reportent certaines dépenses ou qu’ils deviennent plus prudents face aux incertitudes.
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