Des pièces de puzzle qui s'emboitent

Énergie : Ormuz se détend, mais la chaleur rallume la pression sur l'électricité.

ANALYSE

✍️ Par Yannick URRIEN

Les marchés de l’énergie ont vécu une semaine contrastée, selon l’analyse des experts du cabinet français de conseil en énergie OMNEGY. D’un côté, les prix du pétrole et du gaz se détendent, portés par les avancées diplomatiques autour du détroit d’Ormuz. De l’autre, l’électricité pour livraison estivale repart nettement à la hausse, sous l’effet d’une vague de chaleur précoce en Europe.

Le principal mouvement vient du pétrole. Le Brent ICE est passé de 109,26 à 103,54 dollars le baril, soit une baisse de 5,2% sur la semaine. En euros, le recul est proche, à -5%, avec un baril ramené de 93,95 à 89,26 euros. Le marché a réagi aux progrès des négociations entre Washington et Téhéran sur la réouverture du détroit d’Ormuz, fermé au trafic commercial depuis fin février. Mais OMNEGY rappelle que la prudence reste nécessaire : même en cas d’accord, la reprise effective du trafic maritime prendrait plusieurs mois, le temps de traiter les retards accumulés et de relancer les terminaux. Cette détente a aussi été renforcée par un facteur américain. Les États-Unis ont prélevé environ 10 millions de barils dans leur Réserve stratégique, le plus fort retrait jamais observé sur une seule semaine. Cet apport d’offre supplémentaire a contribué à calmer les prix du brut. L’OPEP+, de son côté, a bien acté une hausse de production de 188 000 barils par jour à partir de juin, mais son effet reste limité tant que les exportations du Golfe demeurent perturbées.

Sur le gaz naturel, la baisse est plus modérée mais réelle. Le prix de juin 2026 recule de 49,43 à 47,98 €/MWh, tandis que le Cal-2027 revient de 37,08 à 36,45 €/MWh. Cette détente accompagne celle du pétrole et la baisse du risque géopolitique. Mais les fondamentaux restent fragiles. Les stocks européens ne sont remplis qu’à 37,2%, très loin de la moyenne de 5 ans à la mi-mai, autour de 55%. OMNEGY souligne aussi que la structure actuelle des prix décourage le stockage : l’été cote plus cher que l’hiver 2026-2027, ce qui réduit l’intérêt économique d’acheter aujourd’hui pour remplir les réserves. Le contraste est beaucoup plus marqué sur l’électricité. Le prix de juin 2026 bondit de 24,14 à 29,84 €/MWh, soit une hausse de 23,6% en une semaine. En revanche, les prix calendaires longs restent quasiment stables : le Cal-2027 s’établit à 55,60 €/MWh et le Cal-2028 à 51,49 €/MWh. Le mouvement concerne donc surtout l’été immédiat. La raison est simple : les températures montent vite, avec 23,2°C en France, près de 7°C au-dessus de la normale saisonnière, ce qui déclenche la demande liée à la climatisation.

À cela s’ajoute un risque bien connu sur le nucléaire et l’hydraulique. En période de forte chaleur, lorsque les cours d’eau se réchauffent trop, certains réacteurs peuvent devoir réduire leur production pour respecter les seuils réglementaires de refroidissement. Le précédent de l’été 2025, avec des restrictions à Bugey et Golfech, reste présent dans les esprits. La disponibilité nucléaire française s’est toutefois améliorée sur la semaine, de 47,6 à 51,4 GW, soit environ 82% du parc installé.

Les autres marchés confirment cette lecture mixte. Le CO2 progresse de 1,8%, à 76,94 €/tonne, porté notamment par le recours accru au charbon dans le mix électrique européen. Le charbon, justement, grimpe de 9,1%, à 108,58 €/tonne, sous l’effet de tensions sur le GNL et d’un report partiel de la demande asiatique vers le charbon thermique. Quant au gaz mondial, l’écart reste massif : l’Asie et l’Europe cotent autour de 55 €/MWh, tandis que le Henry Hub américain reste près de 10 fois moins cher, à 8,55 €/MWh.

La conclusion est claire : le marché respire grâce à la détente géopolitique, mais il reste très vulnérable. Tant qu’Ormuz n’est pas réellement rouvert, le pétrole, le gaz et le GNL demeurent sous surveillance. Et avec l’arrivée précoce de la chaleur, l’électricité européenne entre déjà dans une période sensible. Pour les entreprises consommatrices, le message d’OMNEGY est donc celui d’une accalmie partielle, mais pas d’un retour durable à la normale.

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