Un croquis d'un immeuble

Immobilier ancien : le marché redémarre, mais la reprise reste très sélective.

IMMOBILIER

✍️ Par Yannick URRIEN

Le marché immobilier ancien donne enfin des signes de redémarrage en France. Au 1er trimestre 2026, les volumes progressent de 11% sur un an. Après deux années difficiles, marquées par la hausse des taux, la baisse du pouvoir d’achat immobilier et l’attentisme des vendeurs, c’est un signal important. Le marché n’est pas redevenu euphorique, mais il recommence à fonctionner. Cette reprise reste toutefois très inégale. Les maisons anciennes continuent de monter, pour le quatrième trimestre consécutif, à 2 458 €/m². C’est un signe fort. La maison reste recherchée, parce qu’elle répond à une demande profonde : plus d’espace, un jardin, une qualité de vie différente, notamment dans les villes moyennes ou les zones attractives hors des très grands centres urbains.

Les appartements anciens, eux, reculent sous les 4 000 €/m². Ce n’est pas anodin. Dans les grandes métropoles, les prix restent élevés et les acheteurs sont encore freinés par le coût du crédit. La demande existe, mais elle est moins solvable. Beaucoup de ménages veulent acheter, mais ne peuvent plus suivre les prix d’avant la remontée des taux. Paris illustre bien ce changement de climat. La capitale reprend 1,7% sur un an, à 9 567 €/m². Ce n’est pas un retour à la flambée des années passées, mais plutôt une stabilisation après une période de correction. Paris reste un marché rare, profond, très surveillé par les investisseurs. Mais même à Paris, la hausse ne peut plus venir seulement de la rareté. Il faut désormais que le prix soit compatible avec la capacité de financement des acheteurs. D’autres villes suivent une tendance positive, comme Nice, Lille ou Marseille. À l’inverse, Bordeaux, Rennes et Nantes reculent encore. Là aussi, le message est clair : il n’y a plus un seul marché immobilier français, mais plusieurs marchés. Certaines villes, qui avaient beaucoup monté ces dernières années, corrigent encore. D’autres profitent d’une demande qui s’est déplacée depuis 2022, vers des zones jugées plus accessibles ou plus attractives.

Un autre indicateur mérite d’être regardé de près : la marge de négociation. Elle recule partout. Elle atteint 7,93% pour les maisons et 9,39% pour les appartements. Cela signifie que les vendeurs lâchent moins qu’auparavant. Pendant la phase de blocage, les acheteurs avaient repris la main. Ils pouvaient négocier fortement, car les vendeurs avaient peur de ne pas vendre. Aujourd’hui, le rapport de force se rééquilibre. Les acheteurs ont perdu une partie de leur levier. Mais il ne faut pas se tromper. Cette reprise ne signifie pas que tout repart comme avant. Les grandes métropoles et l’Île-de-France restent sous pression. Les taux pèsent toujours sur les dossiers. Les banques prêtent avec prudence. Et les ménages ont souvent moins de capacité d’emprunt qu’il y a trois ou quatre ans. Le marché redémarre, mais seulement lorsque le prix est réaliste et lorsque le bien correspond vraiment à la demande.

C’est dans ce contexte que les marchands de biens reviennent sur le marché de l’ancien. Pour eux, l’ancien redevient intéressant parce que les marges sont plus lisibles. Les prix ont corrigé dans certaines zones, les vendeurs sont parfois plus raisonnables, et les opérations de rénovation peuvent être plus rapides que les programmes neufs. Acheter, rénover, revendre : ce modèle retrouve de l’intérêt, surtout dans les marchés où la demande finale reste solide. Le neuf, lui, reste beaucoup plus compliqué. Les coûts de construction sont élevés, les délais sont longs, le foncier reste cher, et les acheteurs ont du mal à suivre. Résultat : les capitaux de court terme se dirigent davantage vers la rénovation que vers la promotion immobilière classique. C’est moins spectaculaire, mais souvent plus rapide et plus rentable. Cette évolution explique aussi la montée du financement alternatif. Le crowdfunding immobilier, notamment, prend une place plus importante. Les banques restent prudentes, surtout sur les opérations de promotion ou de transformation. Les opérateurs cherchent donc d’autres sources de financement. Pour les investisseurs, cela peut offrir du rendement, mais avec un vrai risque à analyser : qualité de l’actif, sérieux de l’opérateur, durée du chantier, prix de sortie et solidité de la demande locale.

Le marché de l’ancien entre donc dans une nouvelle phase. Il redémarre, mais il devient plus sélectif. La période où presque tous les biens montaient parce que le crédit était bon marché est terminée. Aujourd’hui, la différence se fait sur l’emplacement, la qualité du bien, son diagnostic énergétique, son prix de départ et son potentiel de rénovation. Pour un investisseur, le message est simple : il y a de nouveau des opportunités dans l’ancien, mais il faut être beaucoup plus exigeant. Les maisons restent bien orientées. Les appartements doivent être analysés ville par ville, quartier par quartier. Les grandes métropoles ne sont pas toutes au même stade. Les villes moyennes et certaines zones de Provence-Alpes-Côte d’Azur profitent d’une demande plus dynamique. Et la rénovation devient l’un des grands thèmes du marché.

Le 1er trimestre 2026 ne marque donc pas le retour de l’immobilier facile. Il marque plutôt le retour d’un marché qui recommence à respirer, mais où la sélection est beaucoup plus sévère. Les vendeurs résistent davantage, les acheteurs négocient moins facilement, les marchands de biens reviennent, et les capitaux vont là où les opérations sont les plus rapides et les plus lisibles : l’ancien à rénover, plutôt que le neuf à construire.

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