Eramet : le vieux mineur français à l'épreuve des métaux critiques.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Yannick URRIEN + Mustapha GHAILANE

Il y a des valeurs qui racontent mieux que d'autres le retour brutal du réel dans l'économie. Eramet est de celles-là. Après deux décennies pendant lesquelles l'Occident a cru que la richesse se fabriquerait surtout avec des logiciels, des brevets et des bilans allégés, voici que les mines, les minerais, les ports et les concessions géologiques reviennent au centre du jeu. Le groupe français, héritier lointain de la Société Le Nickel créée en 1880 en Nouvelle-Calédonie, appartient à cette vieille famille industrielle dont l'histoire épouse les grands mouvements de la puissance : le nickel, le manganèse, les alliages, puis désormais le lithium et les métaux de la transition énergétique.

Le dossier est passionnant, mais il n'est pas confortable. Eramet se trouve à la croisée de plusieurs mondes : le manganèse du Gabon, indispensable à la sidérurgie ; le nickel d'Indonésie et de Nouvelle-Calédonie ; les sables minéralisés ; et le lithium argentin, devenu l'un des grands paris du groupe. Mais le marché regarde les prix des matières premières, la dette, la génération de trésorerie et les aléas politiques. L'année 2025 a été difficile : forte baisse de l'EBITDA ajusté, faiblesse des prix du manganèse, dollar moins favorable, difficultés opérationnelles en Indonésie.

Le groupe a annoncé une augmentation de capital d'environ 500 millions d'euros en 2026 - soit 35 à 40 % de dilution potentielle pour les actionnaires qui ne souscriront pas - sur une capitalisation d'environ 1,3 milliard. C'est le risque central à intégrer dans toute décision d'investissement. La dette nette tourne par ailleurs autour de 4 à 5 fois l'EBITDA, niveau encore lourd qui justifie l'opération et conditionne le calendrier de revalorisation.

C'est précisément ce qui rend le titre intéressant aujourd'hui. Au 1er trimestre 2026, le chiffre d'affaires ajusté ressort à 840 millions d'euros, en hausse de 13 %, porté par les ventes de minerai de manganèse et de nickel. Le groupe donne une feuille de route lisible : volumes de manganèse entre 6,4 et 6,8 millions de tonnes, production de lithium visée entre 17 et 20 kt-LCE. Mais le point dur reste l'Indonésie : Weda Bay Nickel est un actif considérable, entièrement dépendant du bon vouloir réglementaire de Jakarta. La réduction des quotas 2026 rappelle qu'un groupe minier n'opère jamais dans un monde abstrait, il opère dans des États, avec des administrations, des équilibres diplomatiques et des stratégies nationales.

Sur le plan boursier, le graphique Heikin-Ashi donne une lecture assez nette. Le titre a testé à deux reprises - le 20 février puis le 23 mars - une zone de soutien majeure autour de 45,92 euros. Ce double appui, suivi d'un rebond, dessine une configuration de retournement technique. Le canal ascendant reste en place, avec un support intermédiaire autour de 52,30 euros. Le cours de 55,35 euros reste au-dessus de cette zone, mais le MACD négatif à -0,4682 signale un essoufflement du rebond à court terme, raison supplémentaire de ne pas renforcer précipitamment.

Le premier objectif technique se situe à 63,40 euros, visible sur le graphique comme résistance claire. Son franchissement confirmerait que le marché accepte de revaloriser le dossier au-delà du simple rebond de soulagement. À plus long terme, si le redressement opérationnel se confirme, si les quotas indonésiens s'améliorent et si le lithium argentin monte en puissance, la zone des 80 euros redeviendrait théoriquement accessible. Mais ce scénario suppose une amélioration simultanée de plusieurs paramètres : discipline financière, prix des métaux, exécution industrielle et apaisement de la gouvernance.

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