Le président de l'Adresse défend un PTZ familial pour desserrer l'étau immobilier qui pèse sur les familles.

LA VIE DE L’IMMOBILIER

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Brice Cardi : « Une chambre de plus ne devrait pas coûter un enfant de moins »

Le logement est-il devenu l’un des freins les plus concrets à la natalité française ? C’est en tout cas la conviction de Brice Cardi, président du réseau immobilier l’Adresse, qui apporte son soutien à la proposition de loi portée par la députée Constance de Pélichy, du groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires. Le texte, examiné le 19 mai en commission des finances, doit être débattu le 28 mai à l’Assemblée nationale. Il vise à créer un prêt à taux zéro familial, destiné aux ménages qui veulent acheter plus grand ou agrandir leur résidence principale à l’arrivée d’un enfant.

Pour Brice Cardi, le sujet dépasse largement la technique immobilière. Il touche à une question plus profonde : celle de la capacité des familles à se projeter. « La France traverse une crise démographique silencieuse mais profonde : en 2025, les naissances ont reculé de 2,1 %, et pour la première fois, notre pays enregistre davantage de décès que de naissances », rappelle-t-il. Selon lui, les raisons de ce recul sont multiples, économiques, sociales, culturelles. Mais l’immobilier joue un rôle beaucoup plus important qu’on ne le dit. « On ne fait pas d’enfant quand on n’a pas de place pour l’accueillir », résume-t-il.

La proposition de loi prévoit un prêt à taux zéro pouvant atteindre 100 000 euros. Il serait mobilisable dès la déclaration de grossesse et jusqu’aux cinq ans de l’enfant. Il pourrait financer l’acquisition d’une résidence principale plus grande ou l’agrandissement du logement actuel. La différence majeure avec le PTZ classique est importante : ce dispositif ne serait pas soumis à conditions de revenus et ne serait pas réservé aux primo-accédants. Autrement dit, une famille déjà propriétaire pourrait en bénéficier pour changer de logement ou pousser les murs. C’est précisément ce point que Brice Cardi juge essentiel. À ses yeux, les politiques publiques ont trop longtemps raisonné comme si la difficulté d’accès au logement concernait seulement le premier achat. Or, dans la vie réelle, le problème apparaît souvent plus tard, lorsque la famille s’agrandit. « C’est rarement au premier achat qu’on manque de place, c’est au deuxième ou troisième enfant », souligne-t-il. Beaucoup de ménages sont déjà propriétaires lorsqu’ils envisagent un nouvel enfant. Mais ils se retrouvent bloqués par la hausse des taux, par les frais de transaction et par le coût réel d’un déménagement.

Le raisonnement est simple. Une naissance suppose souvent une chambre supplémentaire, donc 10 à 15 m² de plus. Dans une ville comme Angers, où le prix moyen est estimé à 3 500 euros le m², 15 m² représentent déjà 52 500 euros. Mais cette somme ne raconte pas tout. Une famille qui déménage doit souvent solder un crédit ancien, parfois contracté à moins de 2%, puis emprunter à nouveau à un taux autour de 3,5%. À cela s’ajoutent les frais de notaire, les frais de garantie, parfois un crédit-relais, et éventuellement des indemnités de remboursement anticipé. Au total, selon Brice Cardi, l’effort réel peut devenir très lourd. « La chambre supplémentaire peut facilement atteindre un coût de 100 000 euros pour une famille qui déménage dans un logement plus grand. C’est le prix d’un enfant de plus. Et beaucoup de familles font ce calcul, consciemment ou non », explique-t-il. La formule est forte, mais elle traduit une réalité bien connue des agents immobiliers : beaucoup de projets familiaux se heurtent aujourd’hui à une équation financière devenue presque impossible.

La hausse des taux a aggravé cette situation. Des ménages qui avaient acheté à 1% ou 1,5% se retrouvent enfermés dans leur propre crédit. Ils ont un logement, mais plus assez grand. Ils ont un patrimoine, mais pas forcément la capacité de financer un changement. En théorie, ils peuvent vendre et racheter. En pratique, l’opération devient trop coûteuse. C’est ce que Brice Cardi appelle le piège du taux bas : un avantage hier devenu un obstacle aujourd’hui. Le PTZ familial aurait donc pour objectif de débloquer ces situations. Il ne réglerait pas toute la crise du logement, bien sûr. Il ne ferait pas baisser les prix du foncier, ne simplifierait pas les permis de construire et ne relancerait pas à lui seul la production de logements. Mais il apporterait un soutien ciblé à un moment précis de la vie des ménages : celui où l’arrivée d’un enfant impose un changement de surface.

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