L'eau bientôt plus précieuse que l'argent ?

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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Jean-Michel Brard, député DVD de Loire-Atlantique : « Demain, si l'on n'a plus d'eau au robinet, ce sera plus important que de ne pas avoir d'argent pour le budget de la France. »

Le député Jean-Michel Brard vient de remettre un rapport parlementaire sur la gestion de l'eau en France. Un document qui alerte : entre les pollutions aux PFAS, le stress hydrique croissant de la Bretagne-Sud aux Pyrénées, les réseaux vieillissants et la gouvernance éclatée entre trois ministères, il apparaît que la France sous-estime un risque majeur. Le parlementaire propose des mesures concrètes, comme la taxation de l'eau en bouteille de plastique, l'inscription du droit à l'eau dans la Constitution et la création d'un haut-commissariat dédié. Il lance un avertissement qui mérite d'être entendu : si l'eau venait à manquer, ce serait alors plus grave que n'importe quelle crise budgétaire.

Dans ce rapport remis à l'Assemblée nationale, Jean-Michel Brard dresse un état des lieux préoccupant de la ressource en eau en France. Quantité d'abord : le changement climatique a pour effet d'intensifier simultanément les sécheresses et les épisodes de pluies extrêmes, en menaçant l'approvisionnement de territoires déjà fragiles. Qualité ensuite : les PFAS - ces polluants éternels présents dans les textiles, les revêtements de cuisson, les pneumatiques - se retrouvent désormais dans les eaux potables. Or les techniques actuelles de traitement atteignent leurs limites. Face à ces défis, le député pointe une gouvernance fragmentée, où Agriculture, Environnement et Santé gèrent l'eau avec des objectifs divergents, sans cohérence ni continuité. Sa proposition centrale vise à instaurer un haut-commissariat à l'eau, seul à même d'assurer une politique stable, indépendante des alternances gouvernementales et des lois d'urgence votées dans la précipitation.


L'Hebdo-Bourseplus : Ceux qui connaissent l'importance du sujet parlent beaucoup de votre rapport. Toutefois, paradoxalement, ce n'est pas un domaine qui intéresse beaucoup le grand public, comme le rapport de Charles Alloncle par exemple… La question de l'eau, c'est comme celle de la dépense publique  : tant que cela coule, on ne s'en préoccupe pas !

Jean-Michel Brard : Vous avez pleinement raison. Aujourd'hui, on peut se passer du carburant, on est en plein conflit au Moyen-Orient, et on peut se passer de viande, comme arrêter de manger du bœuf, ce que je ne préconise pas. Mais une chose est sûre, on ne pourra jamais se passer de l'eau ! L'eau, c'est notre quotidien. Le citoyen tourne le robinet, l'eau coule et il ne se pose même pas la question de savoir où elle part quand il tire sa chasse d'eau… Ce sujet de l'eau est fondamental. Avec le changement climatique que l'on a aujourd'hui, la période des pluies intenses se renforce et les sécheresses se renforcent.

Cela rappelle d'ailleurs l'épisode de l'été dernier en Brière avec le botulisme, cela rappelle aussi les inondations lorsqu'il y a un orage, la submersion marine, le recul du trait de côte… Cela amène également la question de savoir si nous aurons toujours de l'eau en quantité et en qualité dans les années à venir. Demain, si l'on n'a plus d'eau au robinet, ce sera plus important que de ne pas avoir d'argent pour le budget de la France.

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