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France : la croissance cale déjà, avant même le plein effet du choc pétrolier.
ANALYSE
✍️ Par Yannick URRIEN
La France aborde 2026 sur un rythme dangereusement faible. Selon l’analyse de Sylvain Bersinger, économiste et fondateur du cabinet Bersingéco, rédigée après la publication de l’Insee du 30 avril, le produit intérieur brut a stagné au premier trimestre, alors qu’une progression de 0,2% était encore attendue fin mars. Cette croissance nulle n’a rien d’anecdotique : elle intervient avant même que les conséquences économiques de la crise au Proche-Orient et du blocage du détroit d’Ormuz ne se diffusent pleinement dans l’économie française.
Dans le détail, les moteurs traditionnels de l’activité sont mal orientés. La consommation des ménages recule légèrement de 0,1%, sous l’effet probable de la hausse des prix de l’énergie. L’investissement se contracte de 0,4%. Le commerce extérieur pèse lourdement, avec une contribution négative de 0,7 point, les exportations se repliant plus fortement que les importations. Seules les dépenses publiques, en hausse de 0,4%, et la variation des stocks empêchent le PIB français de basculer dans le rouge.
L’avertissement est d’autant plus sérieux que le choc pétrolier n’a pas encore produit tous ses effets. Bersingéco retient un scénario intermédiaire dans lequel le baril resterait autour de 110 dollars jusqu’à la fin de l’année. Dans cette hypothèse, la croissance française serait amputée de 0,3 point en 2026, puis de 0,6 point en 2027, le temps que la hausse de l’énergie dégrade à la fois le pouvoir d’achat des ménages et les marges des entreprises.
Le cabinet estime ainsi que la croissance française ne dépasserait pas 0,6% en 2026 comme en 2027, soit nettement moins que les prévisions du FMI établies avant le conflit, qui tablaient sur 0,9% cette année puis 1,2% l’an prochain. La différence n’est pas seulement statistique. Elle traduit le retour d’une contrainte ancienne : la dépendance énergétique demeure l’un des talons d’Achille de l’économie française. Dans un pays déjà fragilisé par la faiblesse de l’investissement et la prudence des ménages, un baril durablement élevé pourrait transformer une simple stagnation en véritable frein conjoncturel.
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