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Actions européennes : une résistance fragile face au choc pétrolier.
ANALYSE
✍️ Par Yannick URRIEN
Dans sa dernière analyse de marché publiée par Ostrum Asset Management dans MyStratWeekly, Axel Botte, directeur Stratégie Marchés, observe que les marchés restent dominés par une mécanique devenue presque binaire : pétrole contre actifs risqués. La crise iranienne, en ravivant les tensions sur le brut, a d’abord pesé sur les Bourses européennes. Mais le reflux partiel de l’aversion au risque, à la faveur des discussions autour d’un cessez-le-feu, a permis aux indices de reprendre appui. Cette réaction rapide témoigne d’une résilience réelle, même si elle demeure sous condition.
Le point central de l’analyse tient à la nature du choc. L’Europe connaît bien les crises énergétiques ; elle en porte encore les cicatrices depuis 2022. Mais, cette fois, le choc apparaît moins destructeur qu’on pouvait le craindre. Les importations d’énergie se sont diversifiées, les stocks sont mieux pilotés et le retour en force du parc nucléaire français offre un amortisseur que l’on avait presque oublié. Reste l’essentiel : la capacité des entreprises à répercuter la hausse des coûts dans leurs prix de vente, sans briser la demande.
Selon Axel Botte, les marchés actions ne réagissent donc plus seulement au niveau du baril, mais à la lecture sectorielle de ses conséquences. Les prévisions bénéficiaires restent globalement favorables, avec une croissance attendue autour de 9 %. Mais cette moyenne masque déjà un tri plus sévère. Les secteurs cycliques, plus sensibles aux marges et à la demande finale, font l’objet de révisions prudentes. À l’inverse, l’énergie bénéficie mécaniquement du contexte : les anticipations sur le pétrole et le gaz s’améliorent nettement, avec une progression évoquée de l’ordre de 25 %.
Cette divergence éclaire aussi le débat entre valeurs de croissance et valeurs « value ». La remontée des taux longs pèse sur les sociétés de croissance, dont la valorisation dépend davantage des bénéfices futurs. Les valeurs décotées, plus liées aux résultats immédiats et aux flux de trésorerie présents, peuvent au contraire retrouver une forme d’attrait si la prime de risque géopolitique se détend. La hausse récente du Brent, relevée par Ostrum à 107,6 dollars au 27 avril, illustre néanmoins la persistance de la tension énergétique. Sur la même semaine, l’EuroStoxx 50 reculait de 1,66 % et le CAC 40 de 2,08 %, contre une progression du S&P 500, confirmant la meilleure tenue relative des États-Unis.
L’Europe conserve toutefois des soutiens techniques. Les flux vers les ETF actions de la zone euro demeurent significatifs, autour de 1,2 milliard d’euros par mois, et l’activité de fusions-acquisitions reprend, notamment sur les petites et moyennes capitalisations. C’est un signal important : dans un marché inquiet, les industriels et les investisseurs stratégiques continuent de voir de la valeur. La résilience européenne n’est donc pas une euphorie. Elle ressemble plutôt à une résistance raisonnée, dans un environnement où le pétrole dicte encore le tempo, mais où toutes les entreprises ne sont plus jugées de la même manière.
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