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Ormuz, inflation, BCE : la trêve qui soulage les marchés sans guérir le mal.
LE SIGNAL DE LA SEMAINE
✍️ Par Yannick URRIEN
Les marchés aiment les trêves comme les malades aiment les calmants : elles apaisent, elles ne soignent pas. La suspension temporaire des tensions entre les États-Unis et l’Iran a offert un répit bienvenu aux actifs risqués, en desserrant un peu l’étau psychologique qui s’était refermé sur l’énergie, les taux et, par ricochet, sur les actions européennes. Mais il serait imprudent de confondre accalmie tactique et stabilisation durable. C’est tout le mérite de la note publiée par Claudia Panseri, Chief Investment Officer d’UBS Wealth Management France, que de rappeler avec sang-froid ce que l’euphorie boursière tend toujours à oublier : « l’incertitude demeure malgré la trêve ». La formule est juste, et même plus que juste : elle est le cœur du problème.
Car le dommage économique, lui, a déjà commencé. Claudia Panseri observe que l’inflation en zone euro a atteint 2,5 % en mars, contre 1,9 % en février, sous l’effet direct du rebond des prix de l’énergie, en hausse de 6,8 %. Voilà le fait brut. Mais l’analyse la plus intéressante est ailleurs : dans la mécanique de transmission. UBS souligne que le choc pétrolier et gazier ne reste jamais sagement cantonné aux pompes ou aux factures industrielles. Il diffuse. Il imprègne les coûts de transport, les intrants, l’agroalimentaire, puis, à terme, les revendications salariales. Le graphique montre la remontée rapide des coûts de production dans les enquêtes de directeurs d’achat, donne à cette inquiétude une traduction très concrète : la pression sur les prix n’est déjà plus théorique.
C’est ici que la lecture de Claudia Panseri devient particulièrement solide. Elle rappelle que nous sommes face à un choc d’offre, non à une surchauffe de la demande. Distinction essentielle, presque doctrinale. Une banque centrale sait refroidir une économie qui s’emballe ; elle sait beaucoup moins faire baisser le prix de l’énergie lorsqu’un détroit stratégique menace de se fermer. Monter les taux n’ajoute pas un baril sur le marché mondial. UBS en tire une conclusion mesurée mais forte : malgré les anticipations de marché, la BCE devrait vraisemblablement garder ses taux inchangés à court terme, le temps d’observer si le choc énergétique se transforme ou non en inflation plus diffuse.
C’est une position de discernement. En 2022, la BCE affrontait une inflation déjà généralisée dans un contexte de demande robuste et de taux encore très bas. En 2026, le décor a changé : l’inflation était revenue autour de la cible, le marché du travail montre des signes moins flamboyants, et la politique monétaire est déjà revenue en territoire neutre. La brutalité ne serait plus une preuve de sérieux, mais peut-être une faute de diagnostic.
Le second volet de la note mérite tout autant l’attention : la géopolitique réelle, celle qui ne se lit pas dans les manchettes diplomatiques mais dans la circulation effective des tankers. UBS insiste sur le caractère extraordinairement fragile du cessez-le-feu. Rien ne dit, observe Claudia Panseri, que le trafic à travers le détroit d’Ormuz retrouvera rapidement un rythme normal. Rien ne garantit davantage que les armateurs, assureurs et opérateurs énergétiques reprendront sans hésitation leurs itinéraires habituels.
Pire : la mention, par les Gardiens de la Révolution, d’un passage coordonné avec les forces iraniennes laisse planer l’idée d’un contrôle de fait sur ce couloir vital. Une trêve qui laisse subsister l’arme du goulot d’étranglement n’est pas une paix ; c’est une pause armée. Et UBS a raison de noter qu’un incident isolé, une attaque de drone contre un navire en transit, suffirait à faire voler en éclats les progrès apparents.