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Les acheteurs reviennent, mais avec prudence.
LA VIE DE L’IMMOBILIER
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Yann Jéhanno, président du réseau Laforêt Immobilier : « Chaque projet est analysé, chaque décision pesée. »
Le marché immobilier français reprend des couleurs au premier trimestre 2026, mais la prudence des ménages reste le maître mot. Le président du réseau Laforêt livre son analyse d'un secteur qui avance, sans précipitation.
Le marché immobilier français n'est pas en crise. Il est en convalescence. C'est en substance le message que délivre Yann Jéhanno, président du réseau Laforêt, à la lecture des chiffres du premier trimestre 2026. « Le marché immobilier confirme son redressement. Les fondamentaux sont là : des acquéreurs motivés, des vendeurs présents, des taux encore contenus. » Un tableau plutôt rassurant, après deux années difficiles marquées par la remontée brutale des taux d'intérêt et le gel des projets immobiliers qui s'en était suivi. Les chiffres donnent raison à cette lecture optimiste, mais nuancée. La demande progresse de 4 % au niveau national par rapport à décembre 2025, après un rebond de 18 % enregistré sur l'ensemble de l'année 2025. L'offre, elle, s'étoffe plus vite encore : +9 % en trois mois. Les vendeurs, longtemps attentistes, ont repris confiance dans la capacité du marché à absorber leurs biens. Le retour à l'équilibre entre offre et demande est engagé.
Pourtant, cette embellie se heurte à un contexte général qui plombe la confiance des Français. « Le contexte global pèse sur la confiance : hausse du coût de la vie, incertitudes économiques et géopolitiques », explique Yann Jéhanno. Derrière cette formulation, une réalité concrète : les ménages qui souhaiteraient acheter se retrouvent écartelés entre des conditions de crédit encore accessibles - les taux se stabilisent autour de 3,25 % - et une vie quotidienne plus chère, qui grignote leur capacité d'épargne et de projection. À cela s'est ajouté, en début d'année, un contexte climatique difficile - inondations, tempêtes, catastrophes naturelles dans plusieurs départements - qui a mécaniquement ralenti les visites et retardé des signatures.
Le résultat se lit dans les délais de vente, qui s'allongent : 103 jours en moyenne au niveau national, soit cinq jours de plus qu'au trimestre précédent. Et dans les marges de négociation, qui remontent à 5,1 % en moyenne, contre 4,5 % fin 2025. Aujourd'hui, 8 transactions sur 10 font l'objet d'une négociation, ce qui n'était pas la norme il y a encore un an. Les acquéreurs prennent leur temps, comparent, intègrent le coût des travaux, de l'énergie, de la fiscalité dans leur offre. Pour les passoires thermiques classées F ou G, ces décotes peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros.
C'est précisément ce rééquilibrage des rapports de force que Yann Jéhanno identifie comme la caractéristique majeure de ce début d'année : « Le marché offre aujourd'hui un terrain de négociation plus équilibré, où les acquéreurs prennent leur temps et les vendeurs se mettent au diapason. » Autrement dit : finis les vendeurs qui imposaient leurs prix sans discussion. Le temps où certains biens partaient en quelques jours au prix affiché appartient, pour l'essentiel, au passé. Ce n'est pas une mauvaise nouvelle en soi : c'est le signe d'un marché qui retrouve un fonctionnement plus sain, plus adulte.