Les entrepreneurs veulent encore croire à 2026.
LE SIGNAL DE LA SEMAINE
Il est des enquêtes qui valent moins pour l’illusion statistique qu’elles procurent que pour l’état d’esprit qu’elles révèlent. Le dernier UBS Global Entrepreneur Report appartient à cette catégorie. Non pas un baromètre de café du commerce mondialisé, mais une photographie assez éclairante d’une élite économique qui, partout ou presque, refuse de se laisser intimider par le bruit du monde. Sur 215 entrepreneurs interrogés dans 26 marchés, représentant un chiffre d’affaires cumulé de 34,3 milliards de dollars, le sentiment dominant n’est ni la peur, ni l’attentisme, mais une forme de volontarisme méthodique.
Le trait mérite d’être souligné. Depuis plusieurs années, l’époque se plaît à accumuler les raisons de douter : guerres, tensions commerciales, fiscalité mouvante, fragmentation géopolitique, emballement réglementaire, renchérissement du capital. Or voici que les entrepreneurs, ces animaux économiques plus sensibles que d’autres aux secousses du terrain, regardent 2026 avec un aplomb presque insolent. Selon UBS, 68 % d’entre eux se disent optimistes pour les douze prochains mois, 64 % anticipent une hausse de la demande pour leurs produits et services, et plus de la moitié envisagent d’augmenter leurs effectifs. Le chiffre, à lui seul, dit quelque chose de l’époque : au lieu de se recroqueviller, beaucoup préparent déjà l’étape suivante.
Benjamin Cavalli, responsable Strategic Clients & Global Connectivity au sein d’UBS Global Wealth Management et Co-Head EMEA OneUBS, résume ce climat avec netteté : « Les entrepreneurs entament l’année avec une résilience remarquable et un regain d’ambition. » La formule n’est pas de pure convenance. Elle traduit un mouvement de fond. Malgré « une incertitude géopolitique persistante », ajoute-t-il, « près de sept sur dix restent optimistes, portés par une forte demande des clients et les avancées rapides de la technologie ». Voilà le cœur du sujet : l’optimisme entrepreneurial de 2026 n’est pas romantique, il est utilitaire. Il repose sur des carnets de commandes, sur l’innovation appliquée, et sur la conviction que la vitesse d’adaptation demeure le principal avantage concurrentiel.
Dans cette affaire, l’Europe s’en tire mieux qu’on ne le croit souvent. Certes, les Suisses apparaissent comme les plus confiants, avec 83 % d’optimistes, mais les entrepreneurs européens suivent de près, à 74 %. À rebours du récit convenu sur un Vieux Continent paralysé par ses normes et son déclin, l’étude montre une Europe entrepreneuriale offensive, quoique plus sélective. Johann Rivalland, France Branch Manager et directeur de la banque privée pour la France chez UBS, le dit d’ailleurs fort justement : « En France et en Europe, nous constatons la même dynamique : les entrepreneurs restent offensifs, mais plus sélectifs dans leurs décisions d’investissement et d’expansion. » C’est là, sans doute, la bonne nuance. Il ne s’agit pas d’une euphorie. Il s’agit d’une discipline de croissance.
La croissance, justement, prend trois formes. D’abord le recrutement. Plus de la moitié des dirigeants interrogés comptent augmenter leurs effectifs dès 2026, avec des intentions particulièrement marquées dans la technologie, la santé, la finance et l’immobilier. À cinq ans, l’élan est plus impressionnant encore : 80 % prévoient une hausse des effectifs. Ensuite l’expansion géographique. Près d’un entrepreneur sur deux envisage d’étendre ses activités à l’international ou de s’implanter dans un autre pays. L’objectif est clair : aller chercher de nouveaux clients, se rapprocher des partenaires, profiter d’environnements réglementaires ou de structures de coûts plus favorables. Enfin, troisième ressort, la transformation des modèles par la technologie, au premier rang de laquelle figure l’intelligence artificielle.
C’est naturellement elle qui polarise les espoirs. Dans cette édition du rapport, 61 % des entrepreneurs considèrent l’IA comme la technologie offrant la plus grande opportunité commerciale. Le chiffre monte à 66 % pour les entreprises dépassant 100 millions de dollars de revenus. Autrement dit, plus la taille critique est atteinte, plus l’IA cesse d’être un gadget pour devenir un levier industriel. Les bénéfices attendus sont d’abord classiques, presque prosaïques : efficacité opérationnelle, automatisation, réduction des coûts, amélioration de l’analyse de données et de la prise de décision. Les entrepreneurs y voient moins, pour l’instant, un eldorado de nouveaux marchés qu’un formidable moteur de productivité. C’est, au fond, très schumpétérien : l’innovation ne vaut que si elle modifie concrètement les conditions de production.
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