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Bahreïn, maillon faible du Golfe face au risque d'un blocage d'Ormuz.
ANALYSE
✍️ Par Yannick URRIEN
La guerre autour de l’Iran rappelle une évidence géographique que les marchés ont parfois tendance à sous-estimer : dans le Golfe, la prospérité reste suspendue à quelques routes maritimes vitales. Parmi elles, le détroit d’Ormuz demeure le point de passage stratégique par excellence. Pour les monarchies pétrolières de la région, une perturbation durable représenterait un choc majeur. Mais toutes ne seraient pas touchées avec la même intensité. Selon l’analyse de l’économiste Sylvain Bersinger, c’est Bahreïn qui apparaît aujourd’hui comme le pays le plus exposé à une crise économique sévère.
Dans l’ensemble, les pays du Conseil de coopération du Golfe abordent cette phase de tensions avec des fondamentaux solides. Leur niveau de richesse par habitant est élevé, leurs comptes courants sont globalement excédentaires et leurs finances publiques demeurent robustes. Surtout, la plupart disposent d’importants actifs souverains et de réserves leur offrant une capacité de résistance bien supérieure à celle de nombreuses économies émergentes. Même lorsque la dette brute semble significative, elle est largement compensée, dans plusieurs cas, par des fonds souverains massifs. Le Qatar illustre bien cette situation, avec des actifs publics très largement supérieurs à son endettement.
Bahreïn fait figure d’exception. Le royaume cumule deux fragilités. La première est budgétaire. Sa dette publique brute atteindrait 142 % du PIB en 2025, un niveau sans commune mesure avec celui de ses voisins. Contrairement aux autres États du Golfe, Bahreïn ne peut pas s’appuyer sur un matelas d’actifs suffisant pour absorber le choc. Son fonds souverain reste limité et ses réserves de change ne couvrent qu’environ deux mois d’importations. S’y ajoute une dérive rapide des comptes publics, alimentée par des déficits très élevés ces dernières années.
La seconde fragilité est logistique et commerciale. Bahreïn dépend totalement du détroit d’Ormuz pour ses exportations pétrolières. Son industrie de l’aluminium, pilier de diversification du pays, est elle aussi vulnérable à une interruption prolongée des flux. Quant au tourisme, qui représente environ 10 % du PIB, il souffre directement de la dégradation du climat sécuritaire régional. Autrement dit, en cas de blocage durable, ce sont à la fois les hydrocarbures, l’industrie exportatrice et les services qui seraient frappés simultanément.
Le scénario redouté est celui d’une récession brutale, accompagnée d’un creusement du déficit budgétaire et d’une tension croissante sur les comptes extérieurs. Dans une telle situation, Bahreïn devrait une nouvelle fois compter sur le soutien financier de ses voisins du Golfe. Mais cette solidarité régionale pourrait elle-même être mise à l’épreuve si l’ensemble de la zone devait absorber les conséquences économiques du conflit. Le risque, à terme, ne serait plus seulement celui d’un ralentissement, mais celui d’une véritable crise de financement pour le royaume.
L’intérêt de cette note est de rappeler que, derrière l’image d’un Golfe globalement riche et solvable, persistent de fortes disparités. Dans une région où la puissance financière repose encore largement sur la fluidité des exportations énergétiques, Bahreïn apparaît comme le maillon faible. Et dans le contexte actuel, cette faiblesse n’a plus rien de théorique.
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