Un croquis d'un immeuble

Immobilier : la France patrimoniale se recompose, entre bastions de prix et arbitrage énergétique.

IMMOBILIER

✍️ Par Yannick URRIEN

À travers la 10e édition de “La Vigie”, GoFlint dessine un marché à deux vitesses où la géographie de la rareté continue de dicter sa loi, tandis que le DPE s’impose comme un nouvel instrument de hiérarchisation des actifs. Il faut toujours se méfier des moyennes nationales, cette vieille tentation française qui rassure l’administration mais éclaire mal l’investisseur. Le mérite de La Vigie, le baromètre immobilier de GoFlint, dont la dixième édition passe au crible plus de 1,1 million de biens dans 96 départements, est précisément de rappeler cette évidence : il n’existe pas un marché immobilier français, mais plusieurs, et parfois dans des proportions que l’on croirait sorties d’un atlas de l’Ancien Régime. Entre la Haute-Marne, à 1 101 euros le mètre carré, et Paris, à 11 154 euros, le rapport va de un à dix. Voilà qui dit tout. La rente de situation géographique demeure, plus que jamais, la première des primes.  

Le classement publié par GoFlint n’a, à vrai dire, rien de révolutionnaire dans sa tête, mais il devient instructif dans ses nuances. Paris conserve sa couronne, avec un léger tassement trimestriel de 0,2 %, compensé par une progression de 2,4 % depuis le début de l’année. Les Hauts-de-Seine suivent à 7 202 euros le mètre carré, puis viennent les Alpes-Maritimes à 5 918 euros, le Val-de-Marne, la Corse-du-Sud, la Haute-Savoie, le Var, les Yvelines, la Seine-Saint-Denis et les Bouches-du-Rhône. Autrement dit, l’Île-de-France demeure un noyau dur de valorisation, mais le littoral méditerranéen et l’arc alpin continuent d’aimanter les capitaux, qu’ils soient résidentiels, patrimoniaux ou semi-spéculatifs.  

C’est sans doute là l’enseignement central de cette nouvelle livraison de GoFlint : le haut de gamme territorial ne se contente plus de résister, il se sélectionne lui-même. La Haute-Savoie et les Alpes-Maritimes apparaissent comme les marchés premium les plus dynamiques du trimestre, avec respectivement +1,1 % et +0,7 % sur trois mois, et +3 % et +4 % en cumul annuel. Cela n’a rien d’un hasard. Ces territoires concentrent ce que l’immobilier aime depuis toujours : rareté foncière, attractivité internationale, qualité de vie, profondeur de clientèle et, disons-le, valeur symbolique. On n’achète pas un appartement sur la Côte d’Azur ou dans un bassin alpin tendu comme on acquiert un simple toit ; on achète un morceau de climat, de paysage, de distinction sociale et de liquidité patrimoniale.  

Paris, lui, donne une leçon de classicisme. La capitale recule à peine sur le trimestre, mais reste positive sur l’année. Ceux qui annonçaient naguère son grand déclassement ont sans doute confondu correction et effondrement. Paris n’est plus un marché d’euphorie, c’est un marché d’épaisseur. Sa progression est moins spectaculaire, mais son statut n’est pas sérieusement contesté. La ville conserve cette qualité qu’apprécient tant les patrimoines anciens : elle ne promet pas toujours des emballements, mais elle offre une profondeur de marché, une lisibilité et une résilience qu’ignorent beaucoup de places secondaires.  

Le cas de la Corse-du-Sud mérite en revanche qu’on s’y arrête. C’est, selon GoFlint, le seul département du Top 10 à entrer dans une correction confirmée, avec -1,3 % sur le trimestre et -1,7 % depuis le début de l’année. Là encore, le phénomène n’est pas anodin. Les marchés très désirables, lorsqu’ils se tendent trop vite, finissent toujours par rencontrer une forme de plafond de solvabilité. Le prestige ne suffit pas éternellement à absorber des niveaux de prix trop déconnectés des revenus locaux, ni à garantir une progression linéaire. L’histoire immobilière est pleine de ces marchés de villégiature ou d’exception qui croyaient défier la gravité et qui finissent, tôt ou tard, par se heurter à la réalité du pouvoir d’achat, de la fiscalité, ou simplement de la saturation.  

Mais la partie la plus intéressante du travail de GoFlint n’est peut-être pas dans la hiérarchie brute des prix. Elle réside dans la colonne dite des “Prix F-G”, c’est-à-dire dans la mesure de la décote subie par les biens les plus mal classés sur le plan énergétique. Et ici, le constat est saisissant. Même dans les départements les plus riches, même dans les marchés où l’emplacement semblait jadis tout excuser, la passoire thermique coûte désormais cher. Très cher. Dans les Hauts-de-Seine, l’écart atteint 1 382 euros par mètre carré entre un bien bien noté et un logement classé F ou G. Ce n’est plus un simple ajustement technique ; c’est une nouvelle stratification du marché.  

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.