⟵ Retour
Immobilier : en 2026, le fisc remplace peu à peu le rêve !
IMMOBILIER
✍️ Par Yannick URRIEN
Il y a des glissements silencieux qui disent plus sur une époque qu’un grand discours ministériel. Le dernier baromètre de Catella Residential, réalisé par YouGov, en fait partie. On y voit très nettement se dessiner une inflexion du marché immobilier français : la baisse des taux demeure le premier ressort de l’achat, bien sûr, mais elle n’est plus seule au centre du jeu. En 2026, la fiscalité avantageuse s’impose désormais comme un levier décisif pour 41 % des Français, contre 34 % un an plus tôt. Sept points de hausse en douze mois : ce n’est pas une variation, c’est un signal.
Il faut s’arrêter un instant sur cette donnée. Pendant des années, l’immobilier français a vécu sur un vieux récit national : acheter sa résidence principale, ou investir dans la pierre, relevait presque d’un réflexe patrimonial, d’une forme d’évidence bourgeoise et rassurante. Or ce réflexe s’efface peu à peu devant une logique plus calculée, plus tendue aussi. On n’achète plus seulement parce que la pierre protège ; on achète si l’équation fiscale, bancaire et réglementaire redevient supportable. C’est toute la différence entre un marché porté par le désir et un marché tenu par l’arbitrage.
Le constat est d’autant plus intéressant que la baisse des taux, premier facteur cité, demeure en tête avec 58 %, mais recule de 3 points en un an. La détente du crédit reste donc essentielle, mais elle cesse d’être l’alpha et l’oméga. Autrement dit, les ménages français ont compris que, dans le nouvel environnement immobilier, l’accès à la propriété dépend moins d’un seul indicateur financier que de la combinaison de plusieurs mécanismes publics ou para-publics : fin du Pinel, extension du PTZ, retour annoncé de MaPrimeRénov’, perspective d’un statut du bailleur privé. Ce n’est plus seulement le marché qui fait le marché ; c’est de nouveau, en partie, la norme.
Paul Cayla, président de Catella Residential, le formule d’ailleurs avec clarté : « La baisse des taux reste le premier levier d'accès à l'achat pour les Français, mais la fiscalité avantageuse gagne en importance comme critère décisif. » La phrase mérite d’être méditée. Elle dit bien que le centre de gravité se déplace. Le moteur monétaire demeure, mais le déclencheur psychologique devient fiscal. Dans un pays où l’État encadre, subventionne, corrige, interdit et compense tout à la fois, il n’est pas absurde que la fiscalité redevienne l’un des grands producteurs de valeur immobilière.
L’autre enseignement du baromètre est presque sociologique. La localisation remonte fortement dans la hiérarchie des critères déterminants, à 59 %, soit 6 points de plus qu’en 2025. Voilà qui en dit long sur la fin d’une illusion née dans les années de Covid : celle d’un exode durable vers le grand large, les maisons lointaines, la France périphérique réenchantée par le télétravail. Le balancier revient. Les acheteurs redeviennent pragmatiques. Ils regardent de nouveau la proximité des écoles, des commerces, des transports, du bureau aussi. La vieille ville reprend sa revanche sur le fantasme pavillonnaire.
Ce retour aux fondamentaux est encore plus marqué en Île-de-France, où l’exigence de localisation atteint 65 %, ainsi que dans les villes de plus de 100 000 habitants. En somme, l’immobilier retrouve son principe cardinal : on achète d’abord une adresse avant d’acheter des mètres carrés. C’est une vieille loi de la rente urbaine, que Ricardo n’aurait pas reniée et qu’Haussmann connaissait instinctivement avant même que les économistes ne la théorisent.